L’entretien

LES ENNEMIS DU DISQUE

Par la nature physico-chimique de sa matière, par la petitesse des modulations qui y sont inscrites, par la faiblesse de son épaisseur, le disque microsillon connaît beaucoup d’ennemis.Sa matière, pour se prêter avec la plus grande souplesse à la finesse du sillon, doit être tendre : d’où une grande vulnérabilité aux rayures et aux marques de toutes sortes. Son point de fusion est peu élevé, et le disque, de ce fait, craint les ternpératures trop fortes, en particulier celle des rayons du soleil. Températures excessives, trop fortes ou trop faibles, sont également responsables de voilements, qu’accentuent de mauvaises conditions de rangement.D’autre part, la structure même de cette matière la rend extrêmement isolante, et par conséquent très facilement électrisable à l’air, par électricité statique, sous l’action du plus modeste frottement mécanique. Electrisée, la surface du disque acquiert la propriété d’attirer à elle toutes les petites particules de l’air ambiant.

Ces particules, qu’elles soient des poussières ou des suies, abrasives ou grasses, sont toujours nuisibles pour la surface du disque, en ce qu’elles l’encrassent, la rayent ou l’empâtent – les trois processus étant généralement liés. Il en va de même pour tout ce qui peut atteindre la surface du disque : marques de doigts, dépôts divers, cendres de cigarette, produits chimiques, etc., qui ne peuvent, à la longue, que détériorer l’inscription du sillon.On ne doit pas oublier, en effet, que le microsillon est un produit de haute précision, qui offre la singularité d’être mis en oeuvre à l’écart de tout système de protection – au contraire, par exemple, d’une montre, qui fonctionne dans un boîtier étanche. Or, le tracé même de la modulation dans le sillon, qui définit les caractéristiques essentielles du son à reproduire, est plus fin que les plus petites pièces d’une montre, et il est fixé dans une matière beaucoup plus tendre que les métaux utilisés en horlogerie. La différence essentielle est évidemment que l’exploration du sillon par la pointe de lecture se fait à des intervalles et à une fréquence de beaucoup inférieure à ce qui se produit dans le mécanisme d’une montre; mais une seule lecture de disque dans des conditions défavorables risque d’endommager le sillon sans espoir de réparation possible. C’est pourquoi le bon usage des disques réclame des précautions permanentes dans les conditions d’exploitation d’une discothèque, et quelques règles essentielles de bon sens dans la manipulation de chaque disque. C’est ce que nous rappelons à présent.

 

LES PRECAUTIONS PERMANENTES

Il n’y a pas, dans ce domaine, une arme absolue, un remède universel qui mettrait définitivement à l’abri de tout incident de manipulation, mais un certain nombre de précautions et de règles à observer concomitamment pour mettre tous les atouts de la sécurité de son côté. Ces règles étant très attentivement observées, sans affectation inutile mais avec le minimum de rigueur indispensable, on peut affirmer que le disque et le discophile se trouvent efficacement protégés. C’est, d’abord, le respect de l’emballage du disque. Un modeste 45 tours de grande consommation peut être simplement glissé dans un étui de carton; mais il n’en va pas de même avec les enregistrements auxquels on attache plus de valeur. Dans ce cas, le disque bénéficie d’une double protection : celle de l’enveloppe même du disque, et celle de la pochette illustrée ou du coffret.

Le disque 45 tours diffusion et de consommation rapide ne demande qu’un emballage rudimentaire.

Le disque lui-même est inséré dans une enveloppe de papier (papier fort ou papier cristal) ou de matière plastique (polyéthylène). Pour les disques auxquels on veut accorder le maximum de soins, l’enveloppe est double : en papier fort, recouvert intérieurement de matière plastique ; le plastique assure ainsi la protection immédiate de la surface, tandis que le papier favorise la mise sous pochette et apporte une première épaisseur de protection contre les pressions et les déformations. Quant à la pochette extérieure, elle varie avec les éditeurs et les pays d’origine, avec les collections et avec le nombre de disques à envelopper. Ce fut tout d’abord un simple étui en carton fort, illustré.

Diverses raisons ont amené, en France, particulièrement, à opter, à l’usage des collections de prix élevé, pour la présentation en album plus ou moins épais ; le disque se trouve ainsi protégé par au moins deux épaisseurs de carton très fort qui assurent un encadrement protecteur. En outre, la largeur du dos permet une inscription plus facile du titre et de la référence de l’enregistrement. En revanche, les possesseurs d’une importante discothèque se plaignent de ce que l’épaisseur moyenne des disques ainsi enveloppés se trouve du coup doublée et même triplée- ce qui oblige à multiplier par deux ou par trois le nombre de mètres linéaires nécessaires à leur rangement. Lorsque plusieurs disques font partie d’un même ensemble, les éditeurs adoptent soit la formule de l’album s’il s’agit de deux ou à la rigueur de trois disques, soit plus généralement celle du coffret. Simple boîtier de carton, le coffret offre l’avantage de constituer une boîte de protection rigide, permettant par exemple un éventuel empilement sans dommage pour les disques. Si, à l’intérieur du coffret ceux-ci sont calés par des plaques de mousse qui les maintiennent correctement en place, sans pression excessive mais en évitant tout risque de déplacement, on tient là le mode de conditionnement le plus favorable à la préservation des disques, Il offre de surcroit l’avantage d’être plus préhensible, plus facile ~ ranger, de se prêter sans difficulté aux inscriptions des références sur le dos, à l’encartage de notices, de livrets, de photographies, etc. Enfin, si son épaisseur est proportionnelle au nombre de disques contenus, il occupe moins de place sur les rayons d’une discothèque que les emballages de luxe des disques séparés. En outre, les disques de qualité sont de plus en plus fréquemment vendus sous un étui de protection en plastique transparent, scellé ou non. Si la chose est possible, on a tout intérêt à conserver, cet emballage qui continuera à protéger le disque dans la discothèque : protéger, certes, l’éclat de l’illustration de couverture contre les frottements avec les autres disques, mais surtout constituer un rempart supplémentaire contre l’empoussiérage. Dans tous les cas d’emballage, le discophile doit veiller à respecter un positionnement correct de l’enveloppe dans la pochette ou le coffret, et de la pochette dans l’étui. Une fois placé dans l’enveloppe de papier ou de plastique, le disque doit être introduit dans la pochette la face ouverte de l’enveloppe tournée vers le haut : c’est le seul moyen d’éviter à coup sûr qu’il tombe accidentellement en glissant de son enveloppe ou demeure dans la pochette cartonnée quand on veut l’en sortir, tout en le protégeant des poussières extérieures. Si l’enveloppe a du mal à entrer dans la pochette, on en corne un ou deux coins. Si les disques sont rangés en coffret, même précaution : tourner la face ouverte des enveloppes intérieures vers le haut. On pourra aussi veiller à ranger les disques dans le bon ordre, et les premières faces sur le dessus, de façon à retrouver simplement et rapidement la face recherchée. Pour faciliter cette tâche parfois fastidieuse (cas des coffrets contenant de très nombreux disques), la solution la plus simple consiste à reporter sur chaque enveloppe le numéro du disque ou de la face, assorti éventuellement d’une indication sur la partie musicale enregistrée. Enfin, la pochette sera remise dans son étui en introduisant d’abord le côté ouvert dans l’étui, de façon à augmenter ainsi la protection contre les poussières ambiantes ; de plus, ce sens laisse toute facilité pour ranger ensuite le disque parmi d’autres dans une discothèque, et maintient apparentes les inscriptions figurant au dos de la pochette.

L’enveloppe ou la pochette en carton non doublée de matière plastique est à proscrire : elle est cause de rayures et d’empoussiérage par le dépôt de petites fibres arrachées au carton. Au cas où des disques seraient dépourvus de cette enveloppe plastique, il faut les en doter au plus tôt en se procurant dans le commerce (chez les disquaires, en principe) des pochettes de polyéthylène vendues au détail à cette intention.

L’emballage constitue une protection efficace contre les poussières et les déformations mécaniques. Aussi, le disque ne doit-il en être extrait qu’au moment de sa lecture, et y être rangé immédiatement après. Le plus simple est de laisser la pochette à proximité du tourne-disque, si on ne la garde pas en mains pour la consulter. Eviter absolument de laisser le disque à l’air, sur le plateau, après lecture, surtout dans le cas des tourne-disque à arrêt automatique : c’est alors qu’il est le plus électrisé et qu’il attire le plus les poussières atmosphériques. Pour la même raison, la lecture d’un disque doit se faire avec le capot de protection du tourne-disque abaissé, ce qui évite une bonne part de l’empoussiérage pendant le temps d’exposition du disque à l’air libre.

Enfin, puisque le disque est sensible aux conditions climatiques extrêmes, on aura tout intérêt à le maintenir rangé dans une pièce dont la température et l’humidité relative correspondent aux conditions d’habitat normales. Et surtout, il faut soigneusement éviter, et à tout moment, que le disque et la table de lecture se trouvent placés à proximité d’une source de chaleur – radiateur, bouche de chaleur, gaîne de chauffage, tuyauterie d’eau chaude, éclairage puissant, amplificateur, et par dessus tout rayons du soleil, surtout au travers d’une vitre. Le point de fusion de la matière d’un disque n’est guère plus élevé que celui du chocolat. Exposé au soleil, en particulier sur la lunette arrière d’une voiture, il se comporte à peu près de la même façon.

Mais tandis que la plaquette de chocolat, même méconnaissable, demeure comestible, le disque, lui, prend des ondulations qui, pour être parfois gracieuses, le rendent définitivement impropre à la consommation sonore !

Néanmoins, le disque ne requiert pas de conditions de température et d’humidité différentes de celles qui conviennent à l’habitat domestique. Une température constante de 20° C, une humidité relative entre 60% et 65% représentent les valeurs les plus favorables. Celles-ci sont faciles à obtenir et à maintenir en hiver, en surveillant le chauffage et dotant éventuellement les appareils de saturateurs d’eau. Au contraire, en été, il faut veiller plus attentivement à éviter des températures trop élevées, en maintenant une zone d’ombre sur la discothèque, en ouvrant les fenêtres (avec voilage pour filtrer les poussières) aux heures les plus douces, en abaissant les stores ou en tirant les volets aux heures les plus chaudes, etc. – en bref, rien d’autre que ce qui convient le mieux aux personnes.

Un dernier point doit attirer l’attention du discophile scrupuleux : la nature des matériaux de son ameublement. Si, dans la très grande majorité des cas, il s’agit là d’un paramètre sans incidence sur la lecture phonographique, il arrive des cas extrêmes où, dans des immeubles de technologie moderne et avec des matériaux d’ameublement synthétiques (en particulier moquettes et couvertures de sièges), on crée, surtout si la température est plus élevée que la moyenne et l’humidité relative trop faible, des conditions hautement propices à rélectrisation statique. Les individus s’en aperçoivent en « prenant des décharges » Iorsqu’ils en viennent à toucher un objet métallique qui les relie subitement à la terre. Ce sont ces mêmes de5harges qui provoquent les claquements caractéristiques dans les haut-parleurs à l’audition d’un disque. Nous y reviendrons plus loin, en étudiant ces phénomènes et les façons dont on peut s’en prémunir. Pour ce qui est de l’habitat, on ne peut que redire que de bonnes conditions de température et d’humidité sont la meilleure des protections.

 

LES MANIPULATIONS

De ce qui précède, il ressort que le disque ne doit pas être soumis à des variations brusques de température; si la discothèque et le tourne-disque sont situés dans la même pièce, ou placés dans un environnement analogue, il n’y a rien à craindre de ce côté. Dans la manipulation même du disque, il faut prendre garde à des risques de rayures auxquels on ne penserait pas nécessairement : coups d’ongles malencontreux, frottement d’une bague ou d’un bracelet peuvent provoquer des rayures profondes, donc, à l’audition, des « tocs » inévitables. En tout état de cause, il est préférable d’éviter les gestes par trop théâtraux et les mouvements brusques, par exemple, pour ne pas heurter l’angle du tourne-disque ou frotter la surface du disque d’un mouvement mal contrôlé. Toujours pour les mêmes raisons, il ne faut pas placer le disque sur un plateau tourne-disque en mouvement, à moins de le lâcher d’un coup : sinon, on pourrait provoquer des rayures sur la face en frottement avec le plateau ou le couvre-plateau. De même pour le bras et la pointe de lecture, qu’il faut bien évidemment remettre en place soigneusement avant de retirer le disque, sous peine de zébrer la surface du disque, et risquer du même coup d’endommager l’équipement de lecture.

Il est également évident que toutes ces manipulations doivent se faire sans fumer et à bonne distance des cendriers, les cendres constituant les particules les plus légères et donc les plus volontiers attirées par les disques.

Dans les manipulations, il est impératif d’éviter tout contact du disque avec les doigts, fussent-ils d’une propreté exemplaire. En effet, l’organisme secrète, et en particulier au bout des doigts, des substances acides qui s’attaquent à la matière des disques et provoquent rapidement un défaut sans aspect visible, mais sensible auditivement sous forme de petits grésillements. On doit donc toujours tenir le disque par les bords ou/et par le centre, et jamais à pleines mains. Les mains petites ou malhabiles peuvent recourir à des rampons spéciaux recouverts d’un tissu très doux, et réalisés dans le but de faciliter la préhension des disques.

Il existe ou il a existé également des pinces courbes spéciales, permettant de s’emparer du disque par le bord extérieur ; signalons aussi que certains discophiles extrêmement méticuleux se servent de gants de fil fin non abrasif… Ces précautions, fort Iouables en elles-mêmes, semblent néanmoins destinées à des personnes particulièrement maladroites.

Pour retirer le disque de sa pochette, ou d’y replacer, il suffit de le supporter en son centre, sur l’étiquette, par les doigts du milieu de la main; le maintien en équilibre est assuré par le pouce qui cale le disque sur le bord. Un disque tient ainsi sans difficulté dans une seule main.

 

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Pour le placer sur le plateau tourne-disque ou l’en retirer, il suffit de serrer le disque des deux mains par les bords diamétralement opposés.

 

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Ces quelques recommandations peuvent apparaître bien puériles ; elles sont cependant l’un des facteurs dominants de la conservation des disques.

 

L’ELECTRICITE STATIQUE

L’électrisation des disques est, pour certains discophiles, un véritable fléau, pour tous, elle est, nous l’avons dit, un ennemi dangereux, en ce qu’elle est la cause de l’attraction par la surface du disque des poussières ambiantes qui nuisent à la pureté de la restitution.

L’électricité statique est un phénomène connu depuis la plus haute antiquité. Egyptiens et Grecs, notamment, avaient en effet découvert que l’ambre fossile avait la particularité, Iorsqu’on la frottait, d’attirer des corps étrangers. Le mot ambre se disant « elektron » en grec, le phénomène allait être baptisé du nom d’électricité.

Bien plus tard, on découvrait l’électricité dynamique  les phénomènes électriques, qui n’avaient jamais été jusqu’alors que des curiosités inutiles, allaient révéler les prodigieuses ressources que l’on sait. Cependant, avec l’avènement des matières synthétiques, l’électricité statique allait retrouver une actualité et donner naissance à des études très sérieuses. En effet, les matériaux hautement isolants – comme l’était l’ambre, mais comme le sont aussi les tissus synthétiques, les supports de films photographiques ou de bandes magnétiques, la résine des disques, etc.- ont la propriété de se charger très facilement d’électricité statique au contact de l’air ambiant, et surtout lorsque ces matériaux sont traités en atmosphère chaude et sèche.

Ce phénomène est dû au fait que des atomes, électriquement neutres, gagnent ou perdent des électrons et deviennent ainsi des ions négatifs ou positifs. Si le matériau est extrêmement peu conducteur, les charges ainsi formées ne peuvent pas s’échanger et se neutraliser ; elles restent fixes, mais conservent leur propension à se déplacer pour reconquérir l’équilibre électrique de la matière: d’où le pouvoir d’attraction d’un matériau isolant chargé. L’accumulation des charges statiques croît avec le pouvoir isolant du matériau, avec la température et avec la siccité de l’air ; cette accumulation peut aller jusqu’au point critique où l’air ambiant s’ionise à son tour : il y a alors décharge brutale, soit à la surface de l’isolant (ce sont alors les « effluves », petites arborescences visibles sur certains négatifs photographiques sensibles), soit entre l’isolant et l’air, sous forme d’une étincelle jaillissant avec un claquement sec : c’est notamment le phénomène de l’éclair des orages, dont le claquement, répercuté dans l’atmosphère, forme le tonnerre.

Dans l’industrie, ces décharges peuvent avoir les incidences les plus fâcheuses, parfois même dramatiques: accidents de personnes éventuellement mortels, ou étincelles dans des milieux détonants provoquant explosions et incendies.

Grâce à l' »effet de pointe », utilisé par Benjamin Franklin, on sait provoquer la décharge électrique en un point précis et collecter vers la terre les charges devenues ainsi inoffensives : c’est le paratonnerre. Cet effet est également utilisé dans certaines applications sous forme de guirlandes d’arbre de Noël, qui favorisent les échanges ioniques à la surface d’un isolant et écoulent les charges.

On peut aussi, pour remédier à l’électrisation, rendre l’air conducteur au voisinage des endroits où un isolant très chargé risque de se décharger brutalement, en l’ionisant au moyen d’un barreau radioactif – mais la méthode n’est pas exempte d’autres dangers. On peut encore tenter de rendre le matériau moins isolant, par addition d’adjuvants chimiques conducteurs. Etc.

Ce bref exposé simplifié n’est sans doute pas inutile, dans la mesure où il permet de mieux comprendre comment lutter contre l’électrisation des disques. Car il s’agit d’un phénomène nullement négligeable, même si, par bonheur, tel ou tel discophile n’a jamais eu à en pâtir. En effet, au bout des 25 à 30 minutes que dure sa lecture, un disque électriquement neutre au départ peut.atteindre, selon les conditions ambiantes et la nature de son matériau, des charges de 15 000 à 20 000 volts, parfois même jusqu’à 50 000 volts. On peut alors faire jaillir un petit arc électrique, visible et audible, par effet de pointe, en tendant le doigt vers la surface du disque, à quelques millimètres de celle-ci. Fort heureusement, ces charges de très haute tension demeurent inoffensives, en raison de leur débit insignifiant.

Néanmoins, elles sont telles que l’attraction des poussières peut devenir intense, et que, par ailleurs, des décharges peuvent se produire, en particulier avec des pièces métalliques de la tête de lecture reliéês à la masse des appareils et agissant comme de petits paratonnerres. C’est notamment ce qui se produit lorsque le diamant est isolé électriquement, parce que collé sur son support, et non pas serti. La petite étincelle qui éclate alors n’émet qu’un claquement assez faible, quoique parfaitement perceptible à l’oreille « nue » ; mais amplifié au travers de toute la chaîne électroacoustiquè, il retentit dans les haut-parleurs comme un bruit parfois violent, très désagréable pour l’auditeur et même nocif pour les haut-parleurs. De plus, ces étincelles ne sont pas sans danger pour le sillon.

Enfin, si les conditions sont requises, l’électrisation reprend aussitôt après la décharge, et une nouvelle décharge par étincelle peut se produire peu de temps après la précédente. C’est le phénomène qui se produit sur certains disques neufs qui « crachent », parfois sur toute la durée de l’audition. Il faut alors prendre soin de décharger le disque de son électricité statique, comme nous l’expliquons plus loin.

Si on ne le fait pas, mais que les conditions atmosphériques et physiques sont peu favorables à l’électrisation, les charges accumulées avant l’achat du disque, selon toute vraisemblance aux derniers stades de sa fabrication, disparaissent progressivement, et dès la troisième ou la quatrième audition, les « crachements » ont cessé.

Après lecture, Iorsqu’un disque chargé électriquement est remis dans son enveloppe plastique, elle-même isolante, outre qu’il collecte toutes les poussières possibles au passage, il n’entre qu’avec peine dans l’enveloppe qui semble alors « coller », fortement attirée qu’elle est par la surface du disque.

Ces phénomènes imposent donc au discophile de prendre un certain nombre de mesures permanentes de lutte contre l’électrisation des disques ; mais il faut aussi, en même temps qu’on procède à un dépoussiérage, ne pas oublier que le frottement qu’on fait alors subir au disque provoque de nouvelles charges électriques, et que par conséquent ce nettoyage doit s’accompagner d’une action désélectrisante.

 

LA LUTTE CONTRE L’ELECTRICITE STATIQUE

Le premier moyen auquel on a pensé, moyen radical puisqu’affectant le disque lui-même, a été, pour les fabricants de disques, de rendre la matière du pressage moins isolante. Une solution, mise au point par RCA en 1962, dut être abandonnée pour des raisons économiques ; et d’autres tentatives durent être écartées, parce que nuisant aux propriétés physiques de la matière, et donc à la qualité de l’audition, que les produits antistatiques considérés soient amalgamés à la matière ou déposés superficiellement après pressage.

Reste donc, en attendant une éventuelle solution du côté des industriels, à se préserver individuellement contre l’électrisation. Et puisqu’il n’est pas possible d’attaquer le mal à sa source, il faut s’en prémunir en réunissant toutes les conditions empêchant son apparition.

Ces conditions résident d’abord dans la température et l’humidité de la pièce d’écoute, comme nous l’avons indiqué au chapitre précédent, précautions simples et efficaces.

Il faut aussi favoriser à l’extrême l’écoulement des charges électriques collectées par l’équipement de lecture. Et pour cela, tous les éléments conducteurs de la table de lecture doivent être reliés ensemble et dirigés, comme la masse électrique des différents appareils, vers une prise de terre. On veillera en particulier à ce que le capot de la cellule de lecture et les vis de fixation qui pourraient agir comme paratonnerres soient également reliées correctement à la terre.

Un troisième type de précaution réside dans l’adoption d’un couvre-plateau antistatique, si celui qui équipe le tourne-disque ne l’est déjà. Il s’agit d’un disque de caoutchouc graphité légèrement conducteur, ou de feutre auquel sont incorporées des fibres de

 

Pro-Ject-Feutrine-gris-clair-28-cm_P_1200 Couvre-plateau antistatique placé par-dessus le couvre-plateau d’origine.

 

 

 

 

carbone, que l’on pose sur le plateau d’origine du tourne-disque ou à la place de celui-ci selon les possibilités. L’explication théorique du phénomène qui se produit alors (ou « effet électrophore ») n’est pas bien connue. Il semble que la surface relativement conductrice du couvre-plateau, mise au contact de la surface isolante du disque, établisse les contacts nécessaires entre les ilôts de charge négative et de charge positive de la surface pour que l’équilibre des charges se produise et neutralise la surface. Il est assez curieux de constater que ce phénomène n’affecte pas que la seule surface au contact du disque conducteur, et qu’un transfert de charges s’opère avec l’autre surface.

Toujours est-il que l’efficacité d’un tel procédé est réelle. Mais que l’on pose le couvre-plateau conducteur par-dessus le couvre-plateau d’origine ou à la place de celui-ci, on devra ensuite vérifier l’horizontalité du bras de lecture. En particulier, s’il y a superposit,on des deux couvre-plateaux, la surépaisseur est de l’ordre de 2 mm ; c’est donc de 2 mm qu’il faut alors remonter l’axe de pivotement horizontal du bras. Au contraire, s’il y a substitution d’un couvre-plateau par l’autre, le second peut être un peu moins épais et il faut alors redescendre très légèrement le bras. Si le tourne-disque dont l’on dispose ne prévoit pas cette possibilité, on remplacera le couvre-plateau d’origine par le couvre-plateau antistatique: la différence d’épaisseur est alors négligeable, vue du bras de lecture qui équipe le tourne-disque.

En dehors de ces précautions permanentes, on est amené à renouveler avec chaque disque des précautions individuelles. Une méthode chimique, théoriquement la plus satisfaisante, consiste à essuyer le disque avec un chiffon imbibé d’un produit antistatique, ou même à lire le disque avec un bras déposant régulièrement à la surface un tel produit. Nous reviendrons sur ces méthodes au chapitre suivant, avec les procédés généraux de dépoussiérage des disques. Une observation générale s’impose néanmoins. Les produits antistatiques sont généralement très efficaces pour les valeurs des charges électriques accumulées par les disques ; mais ils risquent de nuire considérablement à la surface du disque, par dépôt d’un film gras qui retient et fixe les poussières qui s’y accumulent, formant ainsi une couche de parasites abrasifs. Ces risques sont d’autant plus grands que les produits antistatiques sont présentés en solution alcoolique ou aqueuse : si leur support est volatil, eux ne le sont pas, ce qui modifie avec le temps leur concentration, qui risque de devenir beaucoup trop forte. On s’en aperçoit aisément en projetant du produit sur un miroir: si une auréole subsiste, il y a dépôt, et le produit est à rejeter catégoriquement.

Il semblerait que seul, le produit naguère mis au pointpar RCA puisse être utilisé sans danger : en solution alcoolique très faible, et vaporisé sur une brosse spéciale avant nettoyage, il permet un nettoyage efficace avec une élimination réelle du pouvoir d’électrisation de la surface ; de plus, il élimine certains résidus laissés dans le sillon par d’anciens traitements antistatiques.

Mais il existe un agent physico-chimique très efficace contre l’électrisation: l’eau distillée. Si l’on retient la méthode d’un nettoyage humide préalable du disque, ou d’une humidification de la surface en cours de lecture, l’eau pure, c’est-à-dire ni minérale, ni traitée, constitue un excellent agent conducteur. L’inconvénient de son utilisation réside dans le dosage qu’il faut en faire : ni trop peu, pour que le traitement soit efficace, ni trop, pour que le disque ne nécessite pas un essuyage complet avant sa remise sous enveloppe.

Cependant, ces méthodes ne sont pas d’une mise en œuvre très agréable, et on ne les retiendra, en vertu de leur très grande efficacité, que pour les cas les plus critiques.

Une méthode physique très simple consiste à nettoyer la surface du disque avec une brosse, un chiffon ou un balai dépoussiéreur dont

 

mh9sZqH_M7-6A_T05-el_iwla texture soit suffisamment conductrice. On obtient ainsi, comme avec les couvre-plateaux antistatiques, une répartition des charges électriques, et donc une neutralisation de la surface des disques. Le système peut être perfectionné par l’usage d’un bras dépoussiéreur conducteur, relié par un fil à la collecte de terre, de façon à écouler les charges recueillies.

Enfin, une méthode nouvelle a fait récemment son apparition.Elle consiste à ioniser très localement l’air au-dessus de la surface du disque, afin de la décharger de toute électrisation avant lecture. Cette ionisation n’est pas réalisée par radioactivité, mais par un procédé complètement inoffensif, de principe piézoélectrique. Le dispositif se présente sous la forme d’un pistolet contenant un bâton de céramique piézoélectrique. En actionnant une gâchette, on modifie la structure cristalline du barreau, ce qui a pour effet, par phénomène

 

 

Uti3099612949_1_5_7NRdQf3mlisation d’un pistolet antistatique avant la lecture du disque.

 

piézoélectrique, d’engendrer une tension électrique très élevée. Selon qu’on appuie ou que l’on relâche la gâchette, cette tension continue est négative ou positive. Le courant ainsi délivré est acheminé vers une pointe, à l’extrémité du canon du pistolet, pointe qui développe autour d’elle une zone ionisée. En renouvelant ainsi plusieurs fois l’opération au-dessus de la surface d’un disque, on la soumet à une ionisation tour à tour positive et négative qui la décharge complètement. Toutes les poussières retenues par électrisation peuvent alors être retirées très facilement (le pistolet peut être associé à un système de nettoyage qui en complète l’efficacitë). On obtient ainsi, avant lecture, un disque électriquement neutre et débarrassé d’une partie de ses poussières – ce qui n’exclut évidemment pas l’usage d’autres méthodes pour pratiquer un dépoussiérage approfondi et constant. La seule protection à prendre avec de tels appareils est de ne pas les braquer à proximité immédiate d’un doigt ou du bout du nez, par exemple, qui joueraient alors le rôle de paratonnerres et recevraient une décharge, inoffensive mais désagréable.

Pour en terminer, nous pouvons signaler un petit « truc » sans doute insuffisant pour décharger complètement un disque et le maintenir neutre au cours de l’audition, mais qui peut rendre service pour écouler au départ les plus grosses charges. Il suffit, Iorsqu’on tient le disque par les bords, avant de le poser sur le plateau, d’en mettre le bord au contact soit du couvre-plateau (moins isolant que le disque), soit d’une pièce métallique de la table de lecture, comme la tranche ou l’axe du plateau. Le plus bref instant suffit à écouler les charges de façon très appréciable.

 

DEPOUSSIERAGE DU DISQUE

La poussière, cela va sans dire, est l’un des éléments qui nuisent le plus à la qualité de restitution de la musique par les disques. La présence de poussières dans le sillon se traduit par des bruits intempestifs, claquements ou grésillements, accompagnés parfois d’une érosion du sillon due à une particule abrasive poussée par la pointe de lecture. Plus fines et moins virulentes – des fibres, par exemple -, les poussières peuvent s’accumuler autour de la pointe de lecture et entraver la souplesse de ses mouvements, ce qui se traduit par un étouffement du son et des distorsions. Si elles sont grasses, les poussières s’agglutinent au disque et « collent » à leur tour d’autres particules. Il se forme ainsi un dépSt solide entraînant lui aussi distorsions et érosions, ce qui accélère l’usure du disque et celle de la pointe de lecture. Quant à une poussière bien solidement ancrée dans le sillon, elle peut éjecter la pointe de lecture hors du sillon, soit sur la surface du disque, en le rayant, soit en le chassant dans la spire voisine : on a alors l’impression soit d’un sillon bouclé sur lui-même, avec répétition incessante du même fragment, soit d’un saut en avant dans le déroulement musical. Si la force d’appui de la cellule de lecture est minime, c’est la poussière qui va agir sur l’équipement de lecture en le faisant sauter plus ou moins ; si elle est plus élevée, la pointe de lecture va tendre tasser les poussières sur les flancs du sillon ou à les entraîner dans le fond. Dans tous les cas, les poussières se seront révélées particulièrement nuisibles.

Pour bien faire comprendre l’importance de ces phénomènes, rappelons que les poussières atmosphériques contiennent deux types d’impuretés particulièrement nocives: des poussières siliceuses, sortes de minuscules grains de sable extrêmement abrasifs, et des suies, surtout dans les secteurs de chauffage central au mazout, particules grasses dont il est difficile de se débarrasser. Certes, ces poussières sont de taille parfois microscopique ; mais en comparaison avec la dimension du sillon, elles peuvent apparaître comme de véritables rochers : une microphotographie de disque sale ne laisse aucun doute à ce sujet.

Tout ceci montre bien l’importance extrême qu’il y a à lire un disque dans les meilleures conditions de propreté. Etant donné la finesse du dépoussiérage à opérer et l’inévitable retombée de poussières plus ou moins attirées par la surface du disque, on est amené à nettoyer le disque avant, pendant et après la lecture. Avant, pour commencer la lecture dans les conditions les plus favorables.

Mais, du fait de l’attraction par l’électricité statique, ce nettoyage ne suffit pas, et il faut continuer à nettoyer régulièrement et patiemment tout au long de la lecture, par l’intermédiaire d’un bras dépoussiéreur. Enfin, avant de ranger le disque, il peut être bon de redonner un dernier nettoyage avant mise sous enveloppe, nettoyage de préférence accompagné d’une action antistatique, puisque la fin de la lecture est le moment où le disque est le plus chargé électriquement.

 

NetIMG_6602toyage de la surface par chamoisine spéciale.

 

 

Si ces précautions sont prises systématiquement, les disques ne sont jamais que très faiblement empoussiérés ; ils se maintiennent en excellent état de propreté pendant de nombreuses années, et les opérations de dépoussiérage peuvent ~tre effectuées avec des matériaux très doux et parfaitement inoffensifs pour la surface, puisqu’il n’y a chaque fois que très peu de poussière à retirer.

Avant la lecture. Ainsi, avant lecture, et une fois le disque mis en place sur le plateau, un dépoussiérage de toute la surface sur deux ou trois tours du disque, dans le sens des spires et non pas perpendiculairement, avec une brosse à poils très fins et conducteurs de l’électricité, retire les poussières non incrustées dans le sillon et neutralise les charges électriques de la surface. Mais ce nettoyage peut ne pas suffire, surtout si l’enveloppe contenant le disque n’était pas très propre. Aussi faut-il recourir à des moyens plus énergiques. A défaut de posséder une brosse en poils de martre, d’un co~Jt très élevé et qui est réservée au nettoyage des matrices dans les ateliers de gravure et de galvanoplastie, on pourra utiliser une brosse analogue, en poils de chèvre du Thibet ou en velours spécial non abrasif et peu isolant. Certains tampons dépoussiéreurs peuvent être très légèrement imbibés d’eau pure (distillée) ou vaporisés au préalable d’un produit antistatique spécial nous n’en connaissons qu’un seul qui ne présente pas de danger pour le disque, celui qui est dérivé du produit mis au point par les laboratoires RCA et que l’on trouve commercialisé sous le nom de « métanac ». On peut également recourir à l’usage d’un chiffon très doux, du genre chamoisine, pour effectuer un nettoyage plus localisé ou plus énergique.

L’inconvénient de certains dépoussiérages à sec est qu’ils risquent, par frottement, de provoquer une charge électrique à la surface du disque. S’il en est ainsi, et surtout si l’on se trouve placé dans des conditions favorables à l’apparition des charges électrostatiques, on aura intérêt, en plus, à procéder à la décharge de la surface par le moyen d’un pistolet antistatique.

Quoiqu’il en soit, les accessoires ne manquent pas qui doivent permettre à chacun de choisir le système le plus approprié pour que la lecture du disque soit entreprise à partir d’un disque très propre et électriquement neutre. Seule, la « lecture humide » peut éventuellement se passer de ces précautions préliminaires, dans la mesure où elle opère un nettoyage et un traitement antistatique très actifs pendant la lecture du disque.

Pour que le nettoyage préalable soit efficace, ne pas oublier de nettoyer à chaque fois la brosse ou le chiffon pour évacuer les saletés qu’il a permis de récolter.

Après un nettoyage par ce rouleau de velours, on constate la quantité de poussières recueillies : le nettoyage du système dépoussiéreur est indispensable avant chaque utilisation.

 

  • Pendant la lecture. Nous l’avons dit, la surface du disque tend à récolter les poussières ambiantes. Si fines soient-elles, celles-ci causent des dommages au disque. Et même en maintenant fermé le capot de la table de lecture tout au long de l’écoute, on ne peut éviter que de micro-particules en suspension dans l’air n’atteignent le disque. C’est pourquoi, on a tout intérêt à pratiquer un nettoyage permanent de la surface du disque pendant la lecture par un système de bras dépoussiéreur.

 

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Un bras dépoussiéreur antistatique en fonctionnement. Remarquer comment on le fait « ‘plonger » vers la surface du disque.

 

Comme pour le nettoyage préliminaire, un disque bien entretenu ne nécessite l’usage que d’un dépoussiéreur doux et léger, à poils très lires. Plus fins sont les poils (ou les fibres), mieux le sillon est exploré; et plus conducteurs (ou moins isolants) sont-ils, plus efficacement sont éliminés les risques d’électrisation. En outre, un bras léger et explorant le disque avec douceur ne s’oppose que très peu au mécanisme d’entraînement du plateau tourne-disque, dont le moteur est toujours assez puissant pour résister à cet infime freinage ; au contraire, il arrive encore que des tourne-disques soient sensiblement ralentis par l’usage d’un bras dépoussiéreur trop lourd.

En tout état de cause, il faut contrôler et éventuellement ajuster la vitesse de rotation après mise en place d’un système dépoussiéreur (l’opération est à faire une fois pour toutes, et ne nécessite pas d’autres contrôles que ceux que l’on est amené à faire périodiquement sur son équipement de lecture).

Pour que le bras dépoussiéreur soit correctement entraîné par le disque en même temps que le bras de lecture, qu’il ne reste pas en place définiment, ou au contraire qu’il ne balaye pas en quelques secondes toute la surface du disque – ce qui serait parfaitement inefficace dans t’un et l’autre cas -, il faut généralement lui donner une position sensiblement inclinée vers l’avant par rapport à la surface : le bras dépoussiéreur doit « plonger » légèrement vers le disque. C’est là un réglage très simple à effectuer, par tâtonnements. On ne devra pas s’étonner, dans certains cas, d’entendre la modulation lue par le bras dépoussiéreur ; la mise en vibration du bras par l’intermédiaire des poils du tampon nettoyeur peut en effet amplifier celle-ci très légèrement, mais sans incidence pour le disque ni pour l’audition.

Quant au choix du bras, il devra notamment tenir compte de la forme de la table de lecture sur laquelle il doit être monté. Il doit en effet pouvoir s’y adapter en emplacement (pour le support), en hauteur (pour dépasser suffisamment le plateau tourne-disque) et en dégagement latéral (pour que dans son mouvement, le bras ne soit pas gêné par le capot de protection de la table de lecture). Au moment de la mise en place du bras dépoussiéreur, veiller à ce que la distance de son axe de rotation à l’axe du plateau tourne-disque soit égal à la longueur du bras. C’est ainsi le meilleur moyen pour qu’il suive régulièrement le disque au cours de sa lecture, et qu’il soit éventuellement arrêté par l’axe du plateau au cas où il ne suivrait pas le disque et « s’échapperait » trop tôt : dans ces conditions, on n’a pas à craindre que le bras dépoussiéreur vienne heurter la cellule de lecture.

Une seule règle d’entretien à observer: évacuer les poussières récoltées par le bras dépoussiéreur avant ou après chaque lecture (les fabricants de ces accessoires fournissent généralement l’indication ou le moyen pour le faire), et changer l’embout de nettoyage s’il vient à s’user.

La lecture « humide », très prisée outre-Rhin, consiste à utiliser un bras dépoussiéreur muni d’un tampon de nettoyage de type traditionnel; mais ce tampon est imbibé, soit au préalable, soit en permanence, par un liquide antistatique. Ainsi, une zone humide se maintient avant passage de la pointe de lecture, ce qui élimine les charges statiques et crée une lubrification du sillon et de la pointe de lecture. Ce traitement a pour effet d’éliminer tout claquement d’origine électrique, et, semble-t-il, de réduire quelque peu le bruit de fond et certaines distorsions. Régulièrement utilisé, il donne à la longue une excellente préservation des disques.

 

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La lecture « ‘humide » par bras spécial.

 

Cependant, sa grande efficacité se paye d’un grand inconvénient, Outre qu il faut attendre quelques moments pour que le disque sèche avant de le remettre dans son enveloppe, un disque lu par ce procédé ne peut plus l’être autrement. En effet, le liquide répandu sur la surface tout au long de la lecture tend à constituer un amalgame avec les poussières qui ne sont pas retirées par le tampon de nettoyage, une boue qui sèche, durcit et forme, au fond et sur les flancs du » sillon, un dép6t solide et abrasif, générateur de crachements et bruits de surface intenses. Cet amalgame est réhumidifié et dégagé à chaque lecture « humide » ; il ne l’est pas par une lecture traditionnelle.

Tous ceux que tente un système de lecture plus ou moins humide, que ce soit par vaporisation préalable de gouttelettes sur la surface, par époussetage à l’aide d’un chiffon imbibé ou par l’emploi d’un bras spécial, doivent savoir que les incontestables avantages de ces systèmes entraînent les servitudes que nous avons signalées. En outre, nous ne saurions trop déconseiller l’usage de produits antistatiques quelconques. La meilleure formule, en pareil cas, consiste à utiliser de l’eau distillée additionnée d’une certaine quantité d’alcool, dans une proportion de l’ordre de 5 %.

  • Après lecture. Rarement prise, cette précaution supplémentaire a pour but de ranger dans l’enveloppe de polyéthylène un disque parfaitement neutre électriquement et de surface propre. Ainsi, l’enveloppe sera. maintenue propre, .le disque n’en aura pas excessivement attiré les mévltables pouss=ères, et il se présentera dans les conditions les plus favorables pour l’écoute suivante. Mais de plus, on aura évité de serrer, dans son emballage, un disque au contact de poussières qui, lors de la manipulation et de la pression exercée dans le rangement en discothèque, provoqueraient certainement des défauts de surface. Le mode de nettoyage à effectuer après lecture est analogue à celui à effectuer avant.

NETTOYAGES DIVERS

Outre le dépoussiérage régulier des disques, le discophile doit prendre soin de la propreté du couvre-plateau, du capot de la table de lecture, et, bien sûr, de la pointe de lecture elle-même. De plus, il peut être amené à pratiquer un nettoyage particulièrement énergique sur des disques anciens ou abîmés. Ce sont ces quelques points que nous passons ici en revue.

  • Le couvre-plateau. Il est bien évident que si l’on pose un disque sur un couvre-plateau sale, il aura tendance à récolter tout ou partie des poussières qui le recouvrent. Certes, le dépoussiérage de la surface du disque est destiné à enlever ces saletés, mais mieux vaut éviter autant que possible de commencer par déposer des poussières! C’est pourquoi, il faut maintenir très propre le couvre-plateau, en le nettoyant par les procédés classiques selon la matiere dans laquelle il est fait: brossage énergique, aspiration, éventuellement lavage. Ne replacer de disque dessus que Iorsqu’il est bien sec.
  • Le capot. Abaissé pendant la lecture du disque, il ne doit pas lui offrir de poussières à attirer. Il convient donc de l’essuyer régulièrement. S’il est, comme c’est généralement le cas, réalisé dans une matière électrisable, il suffit d’y passer un chiffon non pelucheux et humide.
  • La pointe de lecture. C’est un organe extrêmement petit, mais qui ne manque pas, en explorant le sillon, de récolter les poussières qui n’auraient pas été retirées au préalable. Ces poussières s’amalgamant et tendent à former une petite boulette qui se fixe au support de la pointe proprement dite. Si le cas se produit, signe que les disques étaient insuffisamment nettoyés, le seul fait de souffler dessus dégage cet amalgame (qui parfois se détache de lui-même et est attiré par le .disque). Ne jamais dégager la poussière avec le bout du doigt, ce qui ferait subir au phonocapteur un traitement d’une violence telle qu’il pourrait ne pas s’en remettre t

Mais l’encrassement peut être plus subtil et à peine visible. On aura donc intérêt à nettoyer de temps à autre la pointe de lecture et ses abords immédiats. Utiliser à cet effet un petit pinceau à poils très doux et de l’alcool à 90o. Agir très délicatement, en procèdent d’arrière en avant. Ce n’est pas parce que l’amplificateur n’est pas sous tension ou que le volume a été complètement baissé que l’incidence du nettoyage de la pointe sera moins sensible  » elle sera seulement moins audible. Il faut donc être très délicat dans cette opération. Chaque fois que l’ensemble pointe et porte-pointe est amovible en vue de son remplacement, le retirer au préalable; en revanche, si retirer l’embout du bras peut faciliter les opérations, cela n’ôte rien aux soins qu’on doit y apporter. Précisons qu’il existe dans le commerce des accessoires et des trousses de nettoyage prévus pour cet usage.

 

IMG_6608 Nettoyage de la pointe de lecture et de son environnement immédiat.

 

  • Nettoyage des disques sales. Il arrive que des disques aient été fortement salis par de mauvaises manipulations ou un mauvais entretien, notamment par un traitement antistatique abusif ou par des produits inappropriés. Outre leurs défauts d’aspect, ces disques sont généralement très pénibles à écouter, entachés de bruit de fond et de bruits de surface de toutes natures. On peut alors tenter de les « restaurer » : si l’on ne parvient pas toujours à leur rendre leur éclat et leur pureté sonore d’origine, un traitement produit généralement des effets appréciables, et parfois même surprenants.

Certains industriels américains et européens ont réalisé des machines à laver les disques remarquablement efficaces. Malheureusement, leur prix et leur encombrement les réservent le plus souvent à de grandes discothèques ou à des disquaires qui les mettent à la disposition de leurs clients. Il en existe néanmoins de plus accessibles, et davantage à l’échelle des particuliers. Mettant en oeuvre plusieurs modes de nettoyage simultanément (brossage, aspiration, systèmes d’ionisation de l’air), elles permettent, en quelques secondes, de décharger et de nettoyer très à fond les disques ; leur automatisation les recommande plus spécialement aux personnes peu habiles ou irritées par les diverses petites manipulations de nettoyage indispensables. Un inconvénient : elles ne retirent pas les taches grasses ni les marques de doigts.

 

IMG_6609 Deux types de machine à nettoyer les disques.

 

Dans ce dernier cas, il faut simplement procéder à un lavage, qui ne nécessite qu’un minimum de précautions. Pas de nettoyage à grande eau (surtout chaude ! ), avec n importe quel savon ou produit détergent. De nombreuses solutions sont possibles, étant donné l’énorme quantité de produits de nettoyage existant. Nous donnons ici une formule standard, très efficace et parfaitement inoffensive. Composer une solution d’alcool éthylique ou isopropylique avec quelques gouttes de « ‘teepol ». Après avoir nettoyé le disque à sec, en imbiber un chiffon doux et non pelucheux. Nettoyer la surface, d’abo~ légèrement pour enlever les particules plus superficielles et ne pas les presser dans le sillon, puis plus en profondeur. Insister sur les parties portant des taches grasses visibles. Rincer ensuite très soit à l’eau distillée. Enfin, essuyer le plus proprement possible à t’aide d’une chamoisine ou d’une brosse spéciale pour disques (le mieux étant encore d’utiliser du papier Joseph, en vente chez les fournisseurs de matériel de laboratoire).

Les disques 78 tours peuvent être nettoyés plus simplement, en utilisant de l’eau distillée et un peu de savon naturel. Dépoussiérer au préalable, rincer et essuyer après, tout comme pour les microsillons.

 

UnknownSource 

Guide pratique du discophile. Les Guides Diapason

de CANTAGREL Gilles (Auteur)