L écoute des disques

Ce n’est pas tout de lire correctement ses disques, encore faut-il les écouter de la meilleure façon. C’est là la fonction à laquelle contribuent amplificateurs et enceintes acoustiques, domaine de la haute-fidélité dans lequel, nous l’avons dit, nous ne pénétrons pas ici.

Il y a néanmoins tout un bon usage d’une chaîne de reproduction sonore dont doit faire preuve le discophile soucieux de tirer le meilleur parti de ses enregistrements. C’est ce qui fera l’objet de ce chapitre: non pas une description technique des maillons d’une chaîne haute-fidélité, mais, toujours dans un espritessentiellement pratique, un ensemble de conseils et de recomandations usuelles pour disposer correctement ces éléments, en utiliser toutes les ressources dans l’écoute des disques, et en contrôler le fonctionnement correct.

électrophone et chaîne haut-fidélité

LES ELEMENTS D’UNE INSTALLATION D’ECOUTE

On peut écouter des disques sur des matériels de reproduction sonore de qualité très variable, depuis le plus modeste électrophone en mallette portable jusqu’à la chaîne haute-fidélité la plus perfectionnée. Il est cependant bien évident qu’un appareil par trop simpliste risque fort de n’être pas doté des caractéristiques minimales ni muni des quelques réglages indispensables pour écouter des disques dans des conditions décentes quoique modestes, et surtout pour éviter tout risque de les détériorer. Le seuil requis par les normes officielles sur les matériels dits « à haute-fidélité » est d’ailleurs suffisamment peu élevé pour que nous ne considérions ici que les appareils satisfaisant à ces spécifications.

Que ces appareils soient un électrophone perfectionné, un ensemble « compact » ou une chaîne en maillons séparés, ils comprennent toujours un minimum d’organes indispensables à l’écoute des disques: un préamplificateur correcteur et un amplificateur de puissance, le plus souvent associés en un même élément électronique, et les transformateurs d’énergie électrique en énergie acoustique, enceintes acoustiques ou casque d’écoute. En outre, bien des discophiles complètent leur installation d’un récepteur de radio en modulation de fréquence et d’un magnétophone à cassettes; certains vont jusqu’à acquérir des phonocapteurs différents, comme nous l’avons dit, et un égaliseur merveilleux « accessoire » qui devrait faire partie de toute installation d’écoute de qualité, et sur lequel nous revenons à la fin du présent

chapitre.

Lorsque le mélomane s’équipe d’une installation de reproduction sonore, il veille à choisir des éléments de bonne qualité, aussi linéaires que possible en réponse et homogènes entre eux. Mais les caractéristiques techniques et artistiques des disques varient d’un enregistrement à l’autre ; d’autre part, l’acoustique du local d’écoute intervient considérablement sur le fonctionnement des enceintes acoustiques, de même que la courbe de réponse des oreilles de chaque individu fait que chacun entend d’une façon tant soit peu différente. La chaîne de restitution sonore ne se borne donc pas aux appareils électroacoustiques achetés à un commerçant spécialisé; c’est au contraire une chaîne extrêmement longue, qui comprend, outre toutes les étapes de prise de son et de fabrication du disque, un nombre important de maillons allant du disque lui-même jusqu’à l’oreille et au cerveau de l’auditeur.
Et c’est précisément la complexité de cette chaîne et la multitude de variables qu’elle admet qui rendent nécessaire de disposer d’un certain nombre de réglages destinés à améliorer l’adaptation de tous ces maillons entre eux. Ainsi, à la fabrication comme à l’achat, on recherche pour chacun des maillons électroacoustiques – cellule phonocaptrice, électronique de commande, enceintes ou casque d’écoute – des caractéristiques qui les rendent aussi fidèles que possible, c’est-à-dire, entre autres, une réponse en fréquence et en puissance des plus linéaires.

Néanmoins, si un disque présente un renforcement excessif du registre grave, par exemple, il faut pouvoir atténuer d’autant l’amplification de ce registre pour rétablir un équilibre acoustique agréable. Il en va de même avac la réaction du local d’écoute et la réponse audiométrique de l’auditeur: d’où la nécessité des divers réglages dont sont justement munis certains appareils – réglages de « tonalité » pour les graves, les aigus, parfois aussi le médium, et avec des fréquences de coupure réglables, filtres passe-haut et passe-bas, réglages des filtres sur les enceintes acoustiques, égaliseur.
C’est pourquoi, l’attitude puriste qui voudrait faire utiliser tous les maillons d’une chaîne en fixant aux réglages de filtres et correcteurs une position « linéaire », ne se fonde sur aucune donnée acoustique.
Au contraire, il est très souvent nécessaire d’intervenir, de façon parfois importante, sur ces réglages, et même de façon variable en fonction de la source sonore utilisée. Cependant, pour éviter d’avoir par trop à manipuler ces différents boutons, le discophile doit déterminer les conditions moyennes d’écoute les plus favorables, et se réserver de ne retoucher les réglages que Iorsqu’une source sonore le réclame, c’est-à-dire, outre le volume, telle correction pour éliminer une résonance, tel filtrage pour atténuer un bruit de surface, etc. Nous y reviendrons.
Mais les défauts et les irrégularités de la réponse d’une chaîne de reproduction sonore n’ont pas à être traités uniquement en jouant des boutons sur le tableau de bord du préampli-amplificateur. Tout au contraire, la disposition des éléments de la chaîne, la qualité de leurs raccords, l’aménagement du local d’écoute, l’emplacement des enceintes acoustiques interviennent considérablement, et c’est par là qu’il faut commencer à soigner la qualité de la reproduction.

CASQUE ET ENCEINTES ACOUSTIQUES

Les systèmes transducteurs électroacoustiques, c’est-à-dire destinés à transformer le signal électrique recueilli à la sortie de l’amplificateur en une information sonore se présentent traditionnellement sous deux formes : les enceintes acoustiques et les casques d’écoute. Dans la pratique, les avantages et les inconvénients de l’un et l’autre systèmes nesemblent pas toujours bien perçus des utilisateurs discophiles. A leur intention, nous en proposons ici un bref rappel.
Les enceintes acoustiques mettent en vibration la masse d’air contenue dans le local d’écoute. Elles se comportent ainsi de façon analogue aux instruments de musique, aux voix ou plus généralement aux sources sonores enregistrées, et replacent l’auditeur dans un volume parcouru par des ondes sonores. Plusieurs personnes peuvent prendre place dans ce volume – un très grand nombre, même, si l’on diffuse dans une vaste salle; écoute collective, donc, qui permet divers emplacements d’auditeurs en fonction des sources, ainsi que leur déplacement par rapport à celles-ci dont la perception varie alors comme elle peut le faire dans une salle de concert ou un studio d’enregistrement.

Au passif des enceintes acoustiques, il faut rappeller leur rendement énergétique faible et la très grande difficulté qu’il y a à en réaliser qui possèdent des propriétés satisfaisantes, notamment en matière de réponse dans le grave, d’absence de coloration, et de netteté de restitution (réponse aux transitoires, absence de traînage, etc.). Les enceintes acoustiques de très hautes performances sont le plus souvent coûteuses (encore qu’il n’existe pas de relation systématique en ce domaine entre le prix et la qualité), assez volontiers encombrantes ; en outre, les caractenstiques acoustiques du local d’écoute interviennent dans des proportions considérables, ce qui impose des servitudes supplémentaires si l’on veut adapter au mieux local et enceintes entre eux : traitement acoustique du local, ameublement étudié en conséquence, disposition critique des enceintes, etc.
Les avantages et les inconvénients présentés par le casque d’écoute se situent à l’opposé de ceux des enceintes acoustiques. Au nombre des premiers, il faut indiquer que la réalisation d’un casque de très haute qualité est, pour un spécialiste, beaucoup moins onéreuse que celle d’enceintes acoustiques de performances à peu près équivalentes, et cela dans un rapport de prix qui peut se situer entre 5 et 10 – argument économique qui peut au moins faire du casque un excellent élément d’attente avant d’acquérir des enceintes. La technologie mise en œuvre, l’extrême petitesse du volume d’air mis en vibration entre la membrane du casque et le tympan permettent d’assurer une restitution du registre grave, une absence de coloration et une netteté de reproduction auxquelles ne peuvent pas prétendre la quasi-totalité des enceintes. Par ailleurs, l’encombrement du casque d’écoute est réduit, et son utilisation n’entraîne aucun bouleversement dans l’esthétique de l’ameublement de l’intérieur. Son utilisation permet de s’isoler des bruits extérieurs – circulation urbaine, voisin tapeur de piano impénitent ou pleurs de nourrisson ; du même coup, l’entourage est protégé d’une éventuelle invasion sonore, ce qui permet de respecter le sommeil des enfants ou la paix de l’entourage tout en écoutant au niveau sonore de son choix, fût-il le plus élevé, aux heures les plus indues.

A ces avantages, il faut en ajouter un autre qui peut se révéler d’une importance capitale pour certains auditeurs malheureux dans toute autre condition d’écoute: les malentendants. En effet, une personne qui souffre d’une perte d’acuité auditive, surtout si celle-ci affecte plus particulièrement une des deux oreilles, ou d’une surdité partielle à certaines fréquences, peut, par le moyen d’un casque raccordé à un amplificateur permettant ces interventions, compenser de façon plus ou moins approximative et plus ou moins efficace les troubles d’audition dont elle souffre. Si à l’amplificateur est associé un système égaliseur, il est possible, en jouant à la fois sur les réglages des filtres de fréquences de chaque canal et sur la balance générale de l’amplificateur, de réaliser avec précision une véritable correction acoustique qui permettra à cette personne d’entendre la musique normalement – chose absolument impossible autrement, puisque dans l’écoute traditionnelle, les informations en provenance des deux enceintes acoustiques ou de l’ensemble de la source sonore entendue en direct, se combinent entre elles dans le local d’écoute, alors que dans l’écoute au casque elles parviennent séparément aux deux oreilles et ne sont synthétisées que par le mécanisme psychophysiologique de l’audition.

Le casque d’écoute présente cependant quelques inconvénients auditifs et des servitudes matérielles. Au nombre de celles-ci compte surtout la gêne que peut causer le port du casque lui-même, dont le poids et la pression sur les oreilles ne sont pas toujours négligeables.
L’isolation du monde extérieur et le sentiment de claustration qui peut en découler n’interviennent pas, dans la mesure où, selon les modèles et les types, les casques sont plus ou moins isolés. Mais la nécessité d’être relié à l’amplificateur par un fil, si long soit-il (il existe des cordons prolongateurs spéciaux), peut représenter un handicap à l’usage du casque.

Celui-ci souffre d’isoler l’auditeur dans le plaisir d’une écoute non partagée; l’utilisation de boîtiers de connexion pour plusieurs casques ne supprime que très relativement cette impression. Sur le plan strictement auditif, deux phénomènes particuliers dus à la même cause, phénomènes qui n’existent pas dans l’écoute binauriculaire normale, peuvent constituer une gêne et nécessitent en tout cas une adaptation. La raison en est que les sons parviennent directement au tympan de chaque oreille, sans subir le déphasage et le retard entre les oreilles que provoque la présence du volume de la tête de l’auditeur. Ainsi, l’auditeur au casque risque-t-il de souffrir de ce qu’en tournant la tête, l’écoute demeure exactement la même, alors que l’audition naturelle modifie les rapports entre les sons au moindre mouvement de la tête en donnant la sensation de plasticité et de présence de la source. Par ailleurs, l’auditeur ne perçoit plus l’image sonore au-devant de lui, mais au centre, à l’intérieur de sa boîte crânienne. Et encore ceci n’est-il vrai que pour les enregistrements « naturels », particulièrement ceux effectués par couple stéréophonique; car dans le cas de prises de son par multimicros avec les Iocalisations poussées à l’extrême, c’est-à-dire lorsque, contrairement à ce qui se passe dans la réalité, on n’entend tel instrument que diffusé par un seul canal (en monophonie…) sans la moindre information complémentaire dans l’autre canal, l’écoute au casque dirige cette information sur la seule oreille correspondante, ce qui provoque un effet extrêmement désagréable, pouvant aller jusqu’à une sensation de déséquilibre. Pour remédier à cet inconvénient bien connu, on a réalisé des circuits électroniques basés sur des schémas très simples, qui reviennent à introduire dans le signal un mélange et un déphasage réglables des deux informations . latérales, recréant ainsi les conditions de perception auditive à l’air libre.

FullSizeRender-18 Dix points de comparaison entre enceintes acoustiques et casque d’écoute.

installation d’une chaîne

DISPOSITION DES ELEMENTS
La disposition des éléments d’une chaîne de reproduction sonore, même si celle-ci comprend un bloc compact indissociable, doit être réalisée de telle sorte qu’elle permette les meilleures performances acoustiques en respectant certains impératifs techniques, que l’installation soit aussi accessible et maniable qu’il est possible, et qu’elle s’intègre au mieux dans le mobilier domestique et le cadre de vie intime.
Pour ce qui est de ce dernier point, chacun part d’impératifs personnels selon ses goûts, ses possibilités matérielles, les éléments dont il dispose : l’intérieur dans lequel doit s’insérer tant bien que mal une installation sonore qui n’a généralement pas été prévue à l’origine impose une première série de contingences dont la disposition des éléments doit tenir compte.
Cela étant, il reste à concilier au mieux ces exigences avec celles de l’acoustique et de la technique. La première condition à respecter, pour des raisons à la fois de réglage acoustique et de confort pratique, est de fixer un emplacement opportun aux organes de commande, tourne-disque et électronique. Cet emplacement doit être trouvé autant que possible à proximité immédiate de l’auditeur.
Celui-ci pourra ainsi ne pas être contraint à de multiples déplacements, ou à se lever précipitamment à la fin de chaque disque pour manipuler son équipement de lecture phonographique. Mais de plus, il pourra régler depuis sa place le dosage sonore qu’il recherche ; car s’il lui faut pour cela se déplacer, le réglage obtenu se révélera très probablement inapproprié Iorsqu’il reviendra à son emplacement d’écoute, ce qui l’obligera à des allers-et-retours fastidieux pour aboutir par tâtonnements au résultat escompté.

La table de lecture doit donc se trouver directement accessible ; ni trop haut, ni trop bas, afin de faciliter une bonne visibilité, une pose facile des disques et un repérage sans équivoque de la plage recherchée, si on ne lit pas le disque depuis le début. A cet effet, on peut disposer un petit éclairage à proximité du tourne-disque ; mais il ne doit être ni trop puissant, ni allumé en permanence, afin d’éviter tout échauffement nuisible aux disques. Prévoir le dégagement suffisant en hauteur et en profondeur pour le mouvement du capot de protection. De même, une place suffisante devra être ménagée sur le côté droit de la table de lecture, afin de faciliter la manœuvre du bras de lecture. Enfin, ainsi qu’on I’a déjà indiqué plus haut, la table de lecture doit être placée sur un meuble ou une table dont l’horizontalité et la stabilité soient les meilleures. Eviter en particulier les tablettes insuffisamment stables, davantage sujettes aux vibrations.

L’électronique de commande, Iorsqu’elle n’est pas intégrée à la table de lecture dans un élément compact, doit prendre place à

FullSizeRender-15 Exemple d’implantation d’une table de lecture et d’un amplificateur-récepteur dans un rayonnage fixe.

proximité immédiate de la table de lecture, car la très faible modulation qui circule dans les fils reliant le phonocapteur au préamplificateur s’accomode fort mal d’une grande longueur de câble : celle-ci doit être toujours inférieure à 1,50 m, et d’une façon générale aussi faible que possible. C’est pourquoi on adopte la plupart du temps une disposition rapprochée, les deux éléments pouvant se trouver soit côte à côte, soit l’un au-dessus de l’autre.
Cette installation demande cependant un minimum de précautions. Tout d’abord, en ce qui concerne le maillon électronique lui-même, qui ne doit pas être enfermé, pour que la chaleur rayonnante se dissipe rapidement dans l’atmosphère : ce qui était vrai avec les amplificateurs à tubes électroniques le demeure, quoique à un degré moindre, avec les amplificateurs à transistors, surtout aux fortes puissances.

FullSizeRender-16 Exemple de meuble conçu spécialement pour l’installation d’une chaîne haute-fidélité.

D’autre part, il faut veiller à éviter les rayonnements intempestifs de champs magnétiques. Le moteur de la table de lecture, le ou les transformateurs de l’électronique rayonnent : s’ils se trouvaient trop rapprochés d’une cellule phonocaptrice particulièrement sensible, ce rayonnement induit serait amplifié et entendu sous la forme d’un ronronnement grave et continu. Si ce phénomène se produit lors de

l’installation, éloigner légèrement les deux appareils l’un de l’autre, mieux les séparer ou intervertir leur position respective.
En tout état de cause, ne jamais poser le tourne-disque sur l’amplificateur (qui ne doit pas non plus servir de desserte à disques).
Si l’amplificateur de puissance constitue un maillon séparé du préamplificateur, on aura intérêt à l’éloigner davantage, du fait que la liaison entre préamplificateur et amplificateur est beaucoup moins critique que celle avec le phonocapteur, et que le transformateur de l’amplificateur de puissance risque de rayonner davantage.
La qualité des connexions électriques entre tourne-disque et maillon électronique est des plus importantes. Celles-ci ont été fournies par le constructeur de la table de lecture, et mises en place une fois pour toutes par un spécialiste ou par l’amateur lui-même. Il n’y a donc pas lieu d’y revenir, sinon pour rappeler que les contacts doivent être francs et bien assurés, que la masse des deux appareils doit être réunie, et la masse générale reliée à la terre, cela afin d’éviter les ronflements et surtout de minimiser les dangers de l’électricité statique.
Malgré ces précautions, il arrive qu’un phénomène parasite se produise : la chaîne haute-fidélité détecte la radio ou la télévision, ou émet une friture due à une composante du signal de télévision. Ce phénomène ne se produit qu’à proximité d’un émetteur ou d’un relais de radio ou de télévision. Il provient généralement d’un blindage insuffisant de la cellule de lecture, du câble de liaison au préamplificateur, ou du préamplificateur lui-même. Un écran interposé entre l’émetteur et l’installation, ou un déplacement de celle-ci, lorsque l’émetteur se trouve à vue directe, peut remédier à la situation. S’il n’en allait pas ainsi, il serait nécessaire de faire appel à un spécialiste (lequel pourrait, par exemple, intercaler un condensateur chimique dans la liaison entre la masse de la table de lecture et celle du préamplificateur).
Du ressort du radioélectricien est encore la protection contre les parasites induits par certains appareils ménagers: contacts de thermostats de réfrigérateurs, programmateur de machine à laver, parasites dus à un ascenseur, à des tubes fluorescents, etc. qui se traduisent par des claquements ou des ronflements facilement • Iocalisables mais parfois plus difficiles à éliminer.

Il reste à placer ensuite correctement les enceintes acoustiques.
Nous réservons à ce problème un développement particulier, avec tout ce qui touche à l’aménagement du local d’écoute dont il est indissociable. Une précaution élémentaire doit cependant être prise, en relation avec la disposition des éléments de commande : l’ensemble de lecture des disques – bras et cellule phonocaptrice- ne doit pas se trouver dans le champ direct des ondes sonores émises par les enceintes acoustiques, ni en relation mécanique directe avec elles.

En effet, si la table de lecture se trouve placée sur un meuble qui supporte également les enceintes acoustiques, les vibrations des enceintes aux basses fréquences et aux fortes intensités seront transmises à tout le meuble, et par conséquent à la table de lecture et à la cellule phonocaptrice ; amplifiées par la chaîne, elles produiront un ronflement qui s’ajoutera aux vibrations sonores des enceintes et accroîtra le phénomène : c’est l’effet Larsen. Si la table de lecture est bien suspendue et qu’on n’use pasde puissances tropélevées, l’effet Larsen peut très bien ne pas se produire dans ces conditions.
Mais il a toute chance d’apparaître si une enceinte acoustique se trouve placée face à la table de lecture. L’équipement de lecture étant alors dans le champ direct des ondes sonores va se trouver soumis mécaniquement à la pression de ces ondes dès que la puissance atteindra un certain niveau. Derechef, on observera l’effet Larsen, avec son ronflement, son emp~tement du registre grave et ses distorsions. Une simple modification de l’emplacement des enceintes acoustiques évite ce phénomène particulièrement gênant.

Notons enfin que la liaison de l’amplificateur aux enceintes doit être assurée par du fil de section suffisante, dont la longueur n’excède pas ce qu’il est nécessaire, et dont le trajet évite la proximité immédiate des fils du secteur.

EVOLUTION ET CONTROLE DE LA CHAINE

Une fois mise en place, une installation de reproduction sonore doit y rester, fixe et stable, soigneusement entretenue, à l’abri des poussières et des écarts de conditions climatiques. Il faut dans toute la mesure du possible éviter d’en transporter des éléments, de les déplacer, de les heurter. Qu’ils soient électroniques ou mécaniques, surtout Iorsqu’ils relèvent de la micromécanique de précision comme c’est le cas des cellules phonocaptrices, les composants des maillons d’une chaîne de reproduction sonore sont fragiles et réclament un minimum d’attention.
On ne doit cependant pas considérer son installation avec une méticulosité un peu fétichiste. Une chaîne haute-fidélité n’est jamais

qu’un outil pour écouter de la musique. Et comme tel, elle est concue pour l’usage fréquent de ses boutons de réglage, de ses prises de raccordement, de ses contacteurs de changement de modes et de fonctions. De plus, un préampli-amplificateur offre souvent des possibilités que, dans la pratique, ses utilisateurs n’exploitent pas: une lecture attentive de la notice du constructeur pourra révéler des réglages ou des branchements dont on ignorait l’existence.
Enfin, on ne doit jamais oublier que, pour fixe qu’elle soit, une chaîne de reproduction sonore est perfectible, extensible, transformable. On peut lui adjoindre de nouveaux éléments constitutifs magnétophone à cassettes, enceintes acoustiques supplémentaires, par exemple -, on peut en remplacer d’autres – enceintes acoustiques de qualité supérieure, cellule phonocaptrice de caractéristiques différentes. Se servir d’une chaîne haute-fidélité, c’est employer un outil qui se modèle à son utilisateur, mais que celui-ci peut chercher à perfectionner pour que le but poursuivi soit, de ce fait, lui aussi amélioré.
Evolutive, une installation de reproduction sonore l’est également en ce qu’elle se fatigue, s’use, se dérègle parfois. Il faut donc y veiller en procédant à quelques contrôles périodiques et en prêtant attention aux éventuelles défectuosités de fonctionnement.
Les divers contrôles à effectuer ont été indiqués plus haut. C’est avant tout celui de l’usure de la pointe de lecture, parce qu’elle risque d’entraîner, outre des distorsions, une usure rapide et même une détérioration systématique des disques. On pourra également contrôler, à la même occasion, la force d’appui de la cellule phonocaptrice et l’exactitude du réglage de la vitesse de rotation du tourne-disque.
Mais l’utilisateur scrupuleux qui souhaite procéder à des contrôles et à des réglages systématiques plus approfondis de son installation, et acquérir une meilleure connaissance des organes de lecture des disques qui la composent, peut recourir aux disques-tests spécialement étudiés et réalisés à cette intention. Il en existe de diverses provenances. Trois grands laboratoires internationaux s’en sont fait une spécialité : ce sont Br6el & Kjaer au Danemark, et aux Etats-Unis, CBS et Shure. Si les réalisations du premier sont exclusivement réservées aux usages professionnels et demandent, pour leur utilisation, le complément d’appareils de mesure de laboratoire, les firmes CBS et Shure ont toutes deux édité, parmi d’autres, des disques à l’usage des amateurs qui permettent de procéder à des contrôles et à des réglages en ne faisant appel qu’à I~ seule oreille.

Ces tests portent notamment sur les points suivants :
– identification des canaux de gauche et de droite, au cas où un branchement défectueux ou une mauvaise disposition des enceintes aurait interverti les deux canaux ;
– mise en phase, très importante pour obtenir une image stéréophonique centrée et cohérente, et une bonne restitution des fréquences basses ;
– équilibre correct entre les voies de gauche et de droite, en fonction de la disposition des enceintes dans le local d’écoute ;
– réglage optimal des correcteurs de « tonalité » du préamplificateur, toujours en fonction des caractéristiques acoustiques du local d’écoute et des autres maillons de la chaîne de reproduction ; – contrôle de la séparation des deux voies ;
-contrôles et réglages sur le phonocapteur, sa force d’appui, son aptitude à bien lire le sillon stéréophonique, détection de l’usure de la pointe, d’un mauvais réglage du bras, d’un défaut de la cellule de lecture.

le local et les auditeurs

L’AMENAGEMENT DU LOCAL D’ECOUTE

Les qualités de la reproduction musicale d’une chaîne haute-fidélité installée dans un local d’écoute – généralement, un salon ou une salle de séjour – dépendent de plusieurs facteurs parmi lesquels interviennent les caractéristiques spécifiques des enceintes acoustiques, les propriétés du local (lesquelles varient, entre autres, avec la forme de la pièce, son ameublement et ses revêtements), la disposition des enceintes acoustiques dans la pièce et l’emplacement des auditeuçs.
Ces données sont bien connues des véritables spécialistes ; mais le nombre des paramètres en est tel qu’il faudrait consacrer de longues pages à étudier les principaux cas de figures, étant entendu que la solution optimale demeure toujours une affaire individuelle adaptée aux circonstances particulières de chaque local d’écoute.
C’est pourquoi, au lieu d’entrer dans de tels détails techniques, qui relèvent bien davantage de la haute-fidélité et de l’acoustique que de

la discophilie proprement dite, nous nous bornerons ici à donner quelques indications générales indispensables au mélomane soucieux d’écouter ses disques dans de bonnes conditions. La pratique montre que chacun est en mesure, à partir de la connaissance de quelques principes de base, d’améliorer les caractéristiques d’écoute en se fondant sur son expérience et son acuité auditive.
Précisons que nous n’envisageons dans ces lignes que le cas général des enceintes traditionnelles et des enceintes asservies. Avec les enceintes électrostatiques (plus directives), les systèmes triphoniques (plus souples de mise en œuvre) et les diffuseurs multi – ou omni-directionnels (de répartition spatiale particulière), les principes classiques d’installation et de disposition des enceintes acoustiques peuvent être remis en cause, en raison d’exigences particulières plus ou moins grandes par rapport aux systèmes courants ; les constructeurs ne se font alors pas faute de donner toutes les précisions nécessaires aux utilisateurs pour leur permettre d’obtenir les meilleurs résultats.
Les éléments à prendre en considération pour réunir les conditions les plus favorables à l’écoute des disques sont successivement le choix du local d’écoute, la disposition des enceintes acoustiques, l’aménagement proprement dit du local et l’emplacement des auditeurs. Nous les examinons ci-dessous succinctement.

• Choix du local. Que ce soit dans un appartement ou dans une maison individuelle, le choix de la pièce qui sera consacrée à l’écoute des disques n’est pas indifférent. C’est tout d’abord le volume qui sera un critère déterminant » un volume de 40 m3 (soit environ 15 m2 de surface sous un plafond de 2,60 m) représente le minimum compatible avec une restitution correcte des fréquences graves, un volume de 350 m3 (70 m2 sous 5 m de plafond) constituant une valeur idéale, à condition toutefois que les éléments électroacoustiques soient dimensionnés en conséquence.
D’une façon générale, une certaine proportion entre les trois dimensions de la pièce est à respecter autant que faire se peut. On a calculé par ordinateur tous les rapports entre les trois dimensions pouvant se présenter, par ordre de préférence acoustique. Le rapport optimal a été trouvé égal à 1 x 1,4 x 1,9, respectivement pour la hauteur, la largeur et la longueur. Cela veut dire que si la hauteur sous plafond de l’appartement est de 2,70 m, les dimensions les plus favorables pour la pièce seront une largeur de 3,80 m et une longueur de 5,10 m.

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Ce tableau donne, par ordre décroissant, les dix meilleures proportions d’une salle d’écoute domestique, telles qu’elles ont été calculées par ordinateur. Ces proportions sont chiffrées par rapport à une hauteur sous plafond prise comme unité. Nous indiquons ce que deviennent largeur et longueur de la pièce pour trois hauteurs de plafond courantes. On constatera que dans certains cas, la valeur de la largeur est supérieure à celle de la longueur; c’est qu’il faut alors aménager le local d’écoute en largeur, la base stéréophonique correspondant à la plus grande des deux dimensions. Malgré le nombre élevé de ces cas parmi les meilleures dispositions possibles, la disposition en longueur demeure préférable dans la majorité des proportions autres.

En outre, on devra songer aux relations acoustiques de la salle de l’écoute avec son environnement. Si possible située à une distance suffisante des chambres de ses proches ou de ses voisins, ou de toute pièce où un son trop puissant ou trop fréquent pourrait créer une nuisance, la pièce d’audition doit également se trouver aussi protégée que possible des bruits extérieurs ; la rumeur d’une rue passagère, par exemple, provoque une augmentation du bruit de fond moyen qui restreint la dynamique et nuit à la bonne perception des sons les moins puissants, ou oblige à augmenter le volume d’écoute dans des proportions qui peuvent devenir fatigantes pour les auditeurs.., et pour leur entourage.
Enfin, avant toute considération sur l’aménagement et l’ameublement du local d’écoute, on devra a priori fixer comme axe d’audition la longueur de la pièce, et non sa largeur.

• Disposition des enceintes acoustiques. De ce qui précède, il résulte que celles-ci doivent être placées dos à l’un des petits murs de la pièce d’écoute, et à proximité immédiate de ce mur. Une règle fondamentale est à observer quant à la Iocalisation des enceintes : il faut que celles-ci se trouvent à des distances différentes des diverses surfaces avoisinantes, et éloignées du sol, enfin d’éviter les phénomènes d’ondes stationnaires qui engendrent des irrégularités très fâcheuses dans la restitution musicale, responsables notamment des « sons de tonneau » ou des « toniques » dans certaines pièces. Pour la même raison, il faut éviter de placer les enceintes selon la bissectrice des angles de la pièce.
Ainsi, une enceinte acoustique ne sera jamais installée contre un mur latéral, ni à mi-hauteur entre sol et plafond, ni à équidistance entre le mur du fond et le mur latéral, etc. Et surtout, elle sera toujours surélevée, en utilisant de préférence, Iorsqu’il en existe un, le piètement spécial proposé par le fabricant de l’enceinte. En règle générale, l’axe du haut-parleur de graves ne doit pas se trouver à moins de 50 cm du sol; quant à l’axe du haut-parleur d’aigus, il ne doit rencontrer aucun obstacle sur la trajectoire qui le mène en droite ligne aux oreilles des auditeurs, ces obstacles créant à coup sûr des écrans atténuant les fréquences élevées.

Si l’enceinte n’est pas surélevée, les réflexions immédiates sur le sol et les vibrations directement transmises au sol provoquent un renforcement incontrôlé des basses fréquences, perçu auditivement comme un empâtement du registre grave sinon même un ronflement sur certaines notes graves. Au cas où il serait absolument impossible de donner aux enceintes une autre position, il conviendrait de les isoler puissamment du sol, de recouvrir celui-ci, au moins à proximité immédiate des enceintes, d’un revêtement absorbant (moquette ou tapis), et éventuellement d’agir sur le correcteur de graves du préamplificateur.

Si on a choisi de placer les enceintes acoustiques sur les rayonnages d’un meuble-bibliothèque, cas particulièrement fréquent Iorsqu’on dispose d’enceintes miniatures, il faut veiller à ce que le casier de bibliothèque où elles prennent place ne se comporte pas comme un résonateur parasite ; on aura soin d’obturer les cavités qui peuvent ainsi être formées, à l’aide de livres par exemple.
D’autre part, les enceintes acoustiques doivent être mécaniquement isolées par des supports ou des isolants anti-vibratoires efficaces, pour que leurs vibrations ne soient pas transmises aux murs

FullSizeRender Schéma type de disposition des enceintes acoustiques.

et au sol (nuisance), ni à l’équipement de lecture (effet Larsen). Pour la même raison, comme nous l’avons déjà vu, elles ne seront pas placées face à l’ensemble de lecture, ni solidairement de la platine tourne-disque.
Quant à l’orientation à donner aux enceintes acoustiques, elle doit tenir compte de ce que les diffuseurs d’aigus sont souvent très directionnels, et que le meilleur rendement qualitatif est obtenu en se plaçant dans leur axe. Cela veut dire que les enceintes doivent être dirigées vers la zone d’écoute, convergeant de préf~rence à l’arrière de celle-ci, pour que l’attention ne soit pas trop attirée vers les sources ponctuelles des haut-parleurs.

• Aménagement du local. Il est bien rare que la géométrie du local d’écoute et son aménagement soient établis uniquement en raison de la fonction auditive ; le plus souvent, c’est une salle de séjour qu’on adapte avec plus ou moins de bonheur pour en faire aussi un auditorium de fortune. Il n’est donc pas possible, dans la plupart des

cas, d’envisager une disposition parfaitement rationnelle des éléments d’ameublement et de revêtement des parois. Cependant, l’observance de quelques principes de base peut grandement améliorer les conditions d’écoute.

Signalons tout d’abord que la pièce d’audition ne doit être ni trop réverbérante (ou résonnante), ni trop amortie. Trop réverbérante, c’est-à-dire peu meublée, dépourvue de tapis, de rideaux, de décoration murale, la pièce paraît clinquante et, en multipliant les réflexions, brouille le message sonore qui perd de son intelligibilité et de l’effet stéréophonique. Trop amortie, parce que très meublée, comptant nombre de tapis, de tentures murales, de fauteuils, de rideaux, elle assourdit les sons et paraît étouffée. Il faut donc trouver un juste milieu entre ces deux extrêmes, ce que les acousticiens traduisent par un temps de réverbération compris entre 0,5 et 1 seconde. En outre, il faut bien évidemment éviter les éventuels phénomènes d’écho.

On parvient à ce résultat par de nombreuses modalités d’aménagement., dont les grands principes sont simples. Tout d’abord, il y a intérêt à ce que le mur opposé aux enceintes acoustiques soit absorbant, afin d’éviter des réflexions parasites et la formation d’ondes stationnaires. Pour cela, on peut disposer une bibliothèque, une tapisserie, ou plus simplement du tissu tendu sur le mur par dessus un molleton.

Toujours pour éviter la formation d’ondes stationnaires et d’échos, il faut veiller à éviter le parallélismede surfaces réfléchissantes. Le plafond étant réfléchissant, le sol doit être absorbant par la pose de tapis ou de moquette. De même, les grands murs opposés ne doivent pas être tous deux réfléchissants, mais il ne doit pas non plus exister de trop forte dissymétrie entre les deux. C’est pourquoi, si l’un des deux est ouvert de fenêtres (aux parois vitrées réfléchissantes), celles-ci seront garnies de rideaux. Et si, sur l’un des murs, il y a alternance entre surfaces réfléchissantes (lisses et nues) et surfaces absorbantes, la meilleure solution acoustique consistera à rechercher une disposition inverse sur le mur opposé. Enfin, de façon générale, les éléments plus réfléchissants devront se trouver vers les enceintes acoustiques, et les éléments plus absorbants dans le secteur opposé ; de même, les cavités résonnantes que constituent certains meubles comme des commodes, sont à éloigner de la zone des enceintes.

• Emplacement des auditeurs. Il découle assez Iogiquement de tout ce qui précède. Les auditeurs doivent en effet se trouver dans le champ direct de diffusion des enceintes acoustiques, sans qu’aucun écran ne s’interpose sur le trajet du diffuseur d’aigus- les graves, n’étant pas directifs et rayonnant très largement, sont perçus de toutes parts. En hauteur, la position relative des enceintes et des auditeurs gagne à être assez voisine, c’est-à-dire que pour une position d’écoute donnée, le son ne doit parvenir aux oreilles des auditeurs ni de trop haut, ni de trop bas. Enfin, la zone d’écoute optimale se trouve approximativement au sommet d’un triangle équilatéral dont la base est constituée par la distance qui sépare les deux enceintes, que pour cette raison on nomme la base stéréophonique. On peut se rapprocher jusqu’à un point d’où les deux enceintes seraient vues sous un angle droit. Plus rapproché encore, on entre dans une zone où la synthèse des informations de droite et de gauche n’est plus effectuée par le local d’écoute; plus en arrière, au contraire, le mélange des deux informations devient excessif : on ne perd pas en intelligibilité, mais l’effet stéréophonique se dissipe. Par ailleurs, il va de soLque si l’on s’écarte latéralement de la zone d’écoute optimale, on entre dans des secteurs où prédominent les informations de l’un ou l’autre des deux canaux de la stéréophonie.

FullSizeRender-17 Exemple d’aménagement d’un local d’écoute

REGLAGES ET CORRECTIONS

Nombreux sont les réglages et les adaptations qu’un discophile peut effectuer sur sa chaîne de reproduction sonore pour en tirer le meilleur parti. Ceux-ci peuvent être opérés à l’aide d’enregistrements musicaux que l’on connaît bien et qui serviront de points de repères ; mais on aura le plus souvent intérêt à utiliser un disque-test réalisé spécialement en vue de ce type d’essais et permettant d’apporter les corrections nécessaires avec plus de sûreté et de rapidité que par tout autre moyen.
La première batterie de réglages porte sur la chaîne tout entière.
On vérifiera donc que chaque canal diffuse bien les informations qui doivent en provenir (à gauche doivent se trouver les premiers violons d’un orchestre de musique classique)..S’il n’en était pas ainsi, il suffirait d’intervertir les câbles de raccordement des enceintes acoustiques, soit sur l’amplificateur, soit entre eux dans le local d’écoute ; on peut également agir sur le sélecteur de fonctions du préamplificateur, en le plaçant sur la position « stéréo inverse ».
On vérifiera ensuite la mise en phase des haut-parleurs. Si elle est correcte, le son semble parvenir d’une source centrale étalée entre les deux enceintes acoustiques ; si elle ne l’est pas, le son est entendu parvenant distinctement de chacune des enceintes. On met en évidence plus nettement ce phénomène en utilisant un « bruit blanc », comme le souffle que produit un récepteur de radio entre deux stations : s’il semble être émis séparément par les deux enceintes, il suffit d’inverser le branchement de l’une seulement des deux enceintes pour l’entendre ensuite correctement centré (quelques amplificateurs possèdent une touche permettant de pratiquer cette inversion sans manipuler les branchements; ne,pas la confondre, néanmoins, avec la touche d’inversion des canaux).

Enfin, il convient d’équilibrer le volume parvenant de chaque enceinte pour obtenir une audition centrée. Pour ce faire, s’installer dans la zone d’écoute optimale, sur l’axe d’écoute, et manœuvrer le bouton de « balance » du préamplificateur jusqu’à entendre la source sonore bien au centre de la base stéréophonique. Si l’acoustique de la pièce est équilibrée, que les enceintes sont correctement placées et que l’amplificateur fonctionne normalement, ce réglage correspond juste à la position médiane du réglage de balance.

Une fois effectués ces contrôles fondamentaux, on doit chercher à améliorer l’adaptation des enceintes acoustiques au local d’écoute.
C’est la partie la plus longue des réglages et des corrections que l’on est amené à faire, qui peut se prolonger dans le temps au fur et à mesure que l’on précise ses observations sur les caractéristiques de sa salle d’audition. Là aussi, et bien davantage encore que pour les tests précédents, on aura intérêt à s’aider d’un disque-test approprié, dont les caractéristiques de fréquences et de gravure constituent des références précises; un tel disque permet d’apprécier auditivement les réactions du local d’écoute à diverses fréquences, et en particulier aux fréquences graves où les risques de résonances et d’irrégularités sont les plus nombreux. Pour qui préfère se fier aux informations musicales complexes de ses disques, il convient de repérer avec précision dans quelles zones du spectre sonore se produisent des renforcements ou des atténuations de la puissance, et quels phénomènes parasites, comme des échos ou des résonances, peuvent affecter la restitution.
Quoi qu’il en soit, les possibilités d’adaptation sont multiples. Ce sont d’abord les réglages des filtres sur les enceintes acoustiquescertains modèles, et notamment les enceintes « électroniques » avec amplificateurs incorporés, dont les enceintes asservies, possèdent au dos un ou plusieurs boutons de réglages qui permettent de renforcer ou d’atténuer les uns par rapport aux autres les différents registres de la reproduction sonore. Une modification de la disposition des enceintes, parfois à quelques oentimètres près, peut également changer radicalement la qualité de la restitution musicale. Enfin, les correcteurs de « tonalité » – qui, en fait, ne corrigent ni la tonalité musicale des morceaux, ni leur timbre à proprement parler, mais simplement le rendement à certaines fréquences -, disposés sur le préamplificateur, permettent, avec une souplesse et une efficacité plus ou moins grandes, de retoucher la réponse de la chaîne dans la pièce d’audition. Tous les appareils possèdent ces réglages de graves et d’aigus ; certains en possèdent également un pour les fréquences du médium; d’autres encore proposent le choix entre plusieurs fréquences de coupure de ces filtres, c’est-à-dire qu’ils limitent avec une précision accrue leur domaine d’intervention. De plus, il arrive assez souvent que ces réglages puissent être désolidarisés, de façon à intervenir séparément sur l’un ou l’autre canal, ce que rend nécessaire une dissymétrie accusée de l’acoustique du local d’écoute. En jouant sur tous ces paramètres, on finit, le plus souvent par tâtonnements successifs et empirisme auditif, par découvrir la combinaison la plus appropriée.

Ces réglages doivent être faits à un volume d’écoute relativement élevé, correspondant à la zone où la sensibilité de l’oreille est à peu près la même dans te grave, dans le médium et dans l’aigu. Si on veut ensuite écouter à puissance réduite, il conviendra de compenser la perte de sensibilité de l’oreille dans le grave et dans l’aigu par un relèvement correspondant de ces registres, en agissant sur les correcteurs de « tonalité ». Sur beaucoup d’amplificateurs, il suffit d’enfoncer une touche (baptisée de noms barbares comme « correction physiologique », »loudness » ou « contour ») pour que cette correction s’effectue automatiquement, et proportionnellement au volume d’écoute. L’efficacité de ce correcteur peut cependant n’être pas adaptée exactement aux conditions acoustiques particulières de l’auditeur; on jouera alors sur les correcteurs du préamplificateur, non sans avoir dûment repéré leur position optimale pour la puissance d’écoute « normale ».

Il arrive également qu’on soit amené à relever cette puissance d’écoute au-dessus du volume habituel d’utilisation, pour un usage particulier, par exemple, ou pour compenser une forte absorption acoustique due à un auditoire nombreux. Il faut alors veiller à ne pas trop charger les enceintes acoustiques, qui peuvent ne pas résister à une surcharge prolongée entraînant des distorsions et éventuellement une détérioration irréversible des haut-parleurs. Mieux vaut, dans ce cas, ne pas se fier à son oreille qui peut être induite en erreur, et observer une limite à ne pas dépasser sur son amplificateur. Cette limite aura été indiquée par un spécialiste, en tenant compte à la fois de la puissance de l’amplificateur et de la puissance admissible par les enceintes. Mais on pourra aussi faire appel à un petit accessoire

FullSizeRender-20 Indicateur de puissance de crête.

extrêmement pratique et précis, qui est un indicateur de puissance de crête à diodes électroluminescentes. Branché très simplement à la sortie de l’amplificateur ou aux bornes de l’enceinte acoustique,

pouvant être installé aussi bien à proximité des enceintes qu’à côté de l’amplificateur, cet appareil ne devra pas indiquer pendant plus de quelques secondes une puissance égale ou supérieure à la puissance nominale des enceintes. Cet indicateur, très souple d’utilisation, permet un contrôle rigoureux de la puissance appliquée aux enceintes, et se trouve particulièrement recommandable pour les amateurs de volume d’écoute assez élevé possédant des enceintes acoustiques relativement fragiles. Une notice détaillée sur toutes les interprétations des indications d’un tel appareil est fournie par le constructeur.

Enfin, une troisième série de réglages et de corrections peut être effectuée pour chaque disque écouté. En effet, ceux-ci varient entre eux pour de multiples raisons, et l’auditeur sera particulièrement sensible à des toniques, des renforcements ou des atténuations de certains registres, ainsi qu’à d’éventuels bruits de fond ou de surface.
C’est pourquoi, si nombre de disques correctement enregistrés et usinés ne réclament pas d’intervention spéciale, il en est d’autres dont la restitution sera améliorée en apportant des corrections supplémentaires. Les principales sont la mise en service d’un filtre de bruit de fond (« low filter », filtre de graves ou passe-haut), supprimant les ronronnements, ou d’un filtre de bruits de surface (« high filter », filtre d’aigus ou passe-bas ), supprimant ou atténuant principalement les « crachements » des disques abîmés par une lecture antérieure défectueuse. Cependant, en suprimant les bruits parasites, ces filtres amputent également les fréquences musicales situées dans la zone correspondante. Il faudra donc jouer soit sur les correcteurs de « tonalité », soit sur les filtres, soit sur les deux simultanément (et éventuellement en sens inverse, le correcteur relevant un peu ce que le filtre a trop coupé), pour trouver auditivement le meilleur compromis entre les bruits parasites et les informations musicales.

Certains bruits parasites, comme les « tocs » dus aux rayures, ne peuvent pas être supprimés par ces méthodes traditionnelles. Mais il existe depuis peu des appareils suppresseurs de bruits impulsionnels dans la lecture phonographique. Un tel appareil détecte les bruits parasites dont la lecture physique est différente de celle des signaux musicaux, et en abaisse le niveau sonore pendant le seul temps de l’impulsion. Ce dispositif n’est donc pas destiné à « gommer » un bruit constant, comme celui causé par l’usure de la surface d’un dique, que seul un filtre sélectif peut atténuer, mais à retirer avec une grande efficacité les bruits de rayures de surface, de bulles dans la pâte du

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disque, de poussières incrustées dans le sillon, de même que les claquements d’origine électrostatique, et cela sans porter préjudice à la qualité musicale du son reproduit.

FullSizeRender-21Réducteur de bruits impulsionnels (très précisément, un « ‘détoqueur »).

Nous nous sommes abstenus jusqu’alors d’évoquer un maillon que peu de discophiles possèdent encore à l’heure actuelle, et qui pourtant peut être considéré comme un élément absolument indispensable à la bonne utilisation d’une chaîne haute-fidélité de performances élevées : le correcteur-égaliseur de fréquences, ou plus simplement égaliseur (parfois appelé, en sabir américano-français, « équaliseur »).

En effet, si fidèle que soit une installation de reproduction sonore, ses qualités sont toujours lourdement grevées par les caractéristiques acoustiques du local d’écoute – contrairement à ce qui se produit Iorsqu’on utilise un casque, qui élimine ce maillon défectueux.
Quelques précautions que l’on prenne pour améliorer la disposition des enceintes et l’acoustique du local, on ne peut s’affranchir complètement des contraintes inhérentes au principe même de la reproduction dans une pièce d’habitation domestique: résonances propres dans le registre grave (très difficiles à éliminer en raison de l’inefficacité des matériaux absorbants à ces fréquences), irrégularités de réponse dans le haut-grave et le bas-médium, dues aux ondes stationnaires et faisant littéralement disparaître certains instruments sur certaines notes, et atténuation de l’aigu due à une déperdition d’énergie aux fréquences élevées, provoquant une dénaturation du timbre des instruments et des voix.

Si le mélomane est exigeant sur la qualité de restitution sonore, s’il dispose d’un équipement de caractéristiques élevées et souhaite écouter de bons disques avec un volume confortable dans une pièce assez grande, il est inévitablement la victime de ces divers

phénomènes relevant de l’acoustique architecturale. Avant que de tenter d’améliorer ses conditions d’écoute par le changement de tel ou tel maillon de sa chaîne par un maillon plus performant, il aura grand intérêt à intégrer à son installation un égaliseur.
Le principe de cet appareil est des plus simples. Si, par exemple, le local renforce de 10 dB la fréquence de 150 Hz, il suffit, au moyen d’un filtre centré sur cette fréquence, de l’atténuer de 10 dB pour rétablir le niveau correct. De même, si on constate une perte de niveau de 6 dB à 10 kHz, celle-ci sera compensée par un renforcement de niveau d’une vaieur égale, à cette fréquence. L’égaliseur n’est

 

FullSizeRender-19L ëgaliseur renforce ou atténue la réponse, de façon réglable, autour d’une fréquence donnée.

 

 

 

 

Une « ‘bosse » de réponse à une fréquence est corr/gée par un « creux » du filtre égaliseur.

 

Pour les signaux complexes de la réafité sonore, on recherche les fréquences et les taux d’atténuation qui corrigent le mieux l’irrégularité de réponse.

 

La courbe de réponse accidentée d’une chaîne dans un local est considérablement améliorée en étendue et en régularité par l’action des filtres de Iëgaliseur.

 

 

 

 

donc rien d’autre qu’une série de filtres réglables en niveau, pour diverses fréquences du registre audible, et séparés pour chaque canal de la stéréophonie.

Certes, la mise en œoeuvre d’un tel appareil est des plus délicates, du fait même de sa précision. La formule idéale consiste à faire appel à un spécialiste disposant d’un sonomètre (ou mieux encore, mais beaucoup plus rare, d’un analyseur en temps réel), lequel, avec l’aide d’un disque-test approprié, opèrera les réglages nécessaires pour chaque filtre de fréquence en fonction du local d’écoute. On peut également procéder à l’oreille, par tâtonnements successifs, et peu à peu approcher d’une correction idéale.
Une fois en service, un égaliseur accroît de façon tout à fait inattendue le réalisme sonore par un meilleur rendu des timbres, améliore la clarté et l’intelligibilité des messages sonores en atténuant considérablement les divers ronronnements parasites aux basses fréquences et en supprimant les toniques de salle, et renforce

l’effet stéréophonique, la sensation de profondeur, de relief et d’ambiance de salle, par une meilleure régularité de la réponse acoustique de l’ensemble de la chaîne de reproduction sonore dans le local d’écoute.

FullSizeRender-23 Egaliseur de fréquences.

Ainsi, ce type d’appareil, qui devrait se répandre dans les années à venir, permet, s’il est convenablement utilisé, de redécouvrir ses disques et de constater que ceux-ci sont souvent plus riches d’informations que ne le laisse supposer une écoute traditionnelle. En outre, par la souplesse des corrections qu’il offre, l’égaliseur se prête à toutes les retouches souhaitables selon la qualité des disques : que ce soient des 78 tours, de vieux microsillons monophoniques usés ou de tout nouveaux enregistrements dont on désire modifier légèrement la couleur, un égaliseur de bonnes caractéristiques ajoute à l’écoute des disques un plaisir sonore souvent insoupçonné.

 

UnknownSource

Guide pratique du discophile. Les Guides Diapason

de CANTAGREL Gilles (Auteur)