Le rangement

PRINCIPES DE RANGEMENT

A qui ne possède que quelques disques ne se pose pas la question de savoir comment ranger et classer ses enregistrements. Mais dès que ce nombre dépasse quelques unités, c’est-à-dire dès que l’auditeur commence à se doubler plus ou moins de ce qu’il est convenu d’appeler un discophile, surgissent quelques questions de « bon usage », afin d’opter pour les solutions les plus appropriées a chaque cas individuel, et les plus aptes à assurer une bonne conservation des disques. Ces problèmes atteignent parfois une ampleur insoupçonnée, pour les grands amateurs possédant plusieurs milliers de disques, ou les collectionneurs, notamment de disques anciens, plus lourds et plus fragiles.

Quelques principes de bon sens président au bon rangement des disques. Rappelons la nécessité d’observer les règles générales que nous avons précisées plus haut sur les conditions de température, d’humidité relative et de propreté de l’endroit où devaient être conservés les disques. Insistons à nouveau sur les précautions à prendre lorsque l’on décide de l’implantation d’une discothèque. Il faut en effet bien se demander si en aucune circonstance, en aucune heure de la journée, aucune période de l’année, les conditions atmosphériques ne risquent de porter préjudice aux disques. Veiller tout spécialement, dans les immeubles modernes, à ce qu’une gaîne de chauffage, par exemple, ne traverse pas le mur au fond du placard où l’on envisage de ranger ses disques.
Cela étant, reste le débat sur la position à donner aux disques : horizontale ou verticale. La position verticale est de loin la plus couramment adoptée, sans doute par analogie avec le livre, et aussi parce qu’on répète à l’envi que l’horizontalité nuit à la surface des disques.
Malgré cette opinion fort répandue, c’est le contraire qui est exact : la meilleure est la position horizontale, parce qu’elle évite tout risque de voilement. Il est en effet très peu logique de ranger un objet aussi mince et souple verticalement, sur champ – ce qui est également vrai des livres. Cependant, il est absolument certain que rempilement à l’horizontale de nombreux disques exerce sur ceux du bas de la pile une pression incompatible avec la protection de l’état de surface, et ceci malgré la protection des pochettes cartonnées. De plus, la pression écrase les poussières dans les sillons, nuisance.

IMG_6621 Rangement vertical défectueux, causant le voilement des disques.
ce qui augmente la nuisance

 Le classement horizontal devra donc etre adopté sous réserve de n’empiler que de très petits nombres de disques à la fois, séparés par des cloisonnements. En revanche, il convient idéalement aux coffrets, dont nous avons déjà dit qu’ils constituaient le meilleur mode de protection des disques. Ce sont alors les boîtes qui sont empilées, reposant les unes sur les autres, les disques demeurant à l’intérieur par très petites quantités – trois ou quatre disques, en moyenne et éventuellement protégés en plus par des épaisseurs de mousse.

Ce type de classement apparaît également comme le meilleur pour les disques 78 tours. Ceux-ci n’étaient généralement présentés que

IMG_6622Ranegement horizontal correct.

 sous une simple enveloppe de papier, percée en son centre pour laisser apparaître l’étiquette. Les amateurs soigneux les rangeaient souvent dans des albums-classeurs, par dix ou douze à la fois.

Aujourd’hui, les collectionneurs ont tout intérêt à acheter des coffrets neutres vides, et à y placer quelques disques protégés par de la mousse; le dos du coffret permettra de noter toutes les inscriptions utiles au repérage des disques.
Le classement vertical demande au moins autant de précautions que l’horizontal. Il est en effet très important que les disques ne soient pas rangés en porte-à-faux, afin d’éviter tout risque de voilement, surtout avec les disques actuels très peu épais. Dans ce but, les disques doivent être serrés les uns contre les autres, mais sans toutefois de pression excessive, ce qui ramènerait ce type de classement aux inconvénients du classement horizontal, sans ses avantages. Il faut donc, pour faciliter la verticalité des disques et leur manipulation, ménager, là aussi, des cloisonnements rapprochés qui évitent notamment, lorsque l’on prend une pochette, de déplacer ou déséquilibrer toute une rangée de disques.

IMG_6623 Raengement vertical correct.

 Enfin, on devra toujours observer une homogénéité de classement par diamètre, et ne pas mélanger 30 cm et 17 cm, ce qui provoquerait inévitablement des gauchissements des disques.

LA DISCOTHEQUE

Trois solutions s’offrent pour la réalisation d’une discothèque : soit utiliser, en l’arroenageant éventuellement, un meuble existant déjà, soit acquérir des meubles spéciaux, généralement présentés sous forme d’éléments modulaires à assembler, soit enfin construire ou faire construire une unité de rangement sur mesures.
Dans tous les cas, on devra observer les quelques principes généraux rappelés ci-dessus. Les dimensions à respecter pour que les disques de 30 cm, dans leurs pochettes ou leurs coffrets, puissent être Iogés et manipulés sans difficulté, sont de l’ordre de 35 cm de hauteur et 32 cm de profondeur.
Si l’on installe ses disques dans une armoire ou un coffre, l’agencement intérieur, qu’il soit vertical ou horizontal, doit ménager des cases aux cotes que nous avons indiquées, séparées tous les 10 cm au maximum si le rangement est horizontal, et tous les 20 cm environ s’il est vertical.

IMG_6624 Aménagement spécial pour ranger les disques dans une armoire.

On peut aussi utiliser de grands tiroirs, organisés de façon analogue; éviter dans ce cas le classement horizontal, qui ferait disparaître les indispensables indications de repérage au dos des pochettes et coffrets.

IMG_6630 Utiliseation d’un tiroir format des disques.

 Dans une bibliothèque, réaliser des cases verticales correspondant au format des disques et régulièrement cloisonnées ; une bibliothèque à portes vitrées ou les placards d’un meuble-bibliothèque seront préférables, puisque mieux protégés de l’air ambiant.

En matière d’éléments modulaires à assembler, il existe sur le marché de nombreuses marques réalisant ce type de classeurs ou de meubles, soit à usage général, soit spécifiquement conçus pour les disques. Inégalement fonctionnels et esthétiques, ces éléments peuvent être réunis pour former un ensemble, et utilisés isolément comme rangement pour les disques usuels ou en cours d’audition. Un des intérêts de cette formule réside dans sa souplesse d’organisation et sa possibilité d’extension.

Quant à la discothèque sur mesures, elle se conçoit exactement comme une bibliothèque ou tout autre rayonnage, en respectant les règles propres au rangement des disques.

 

IMG_6625 Une grande discothèque doit géneralement faire l’objet d’une installation spéciale, rigoureusement adaptée.

IMG_6626 On trouve dans le commerce divers modules de rangement qui conviennent très bien à des quantités de disques plus modestes.

 Les râteliers et les albums-classeurs peuvent rendre service aux utilisateurs d’un très petit nombre de disques, et ne ressortissent guère au domaine de la discophilie. Les mêmes albums-classeurs, comme les coffrets neutres, peuvent cependant servir à ranger des disques sans pochette.

IMG_6627 Râtefier à disques.

IMG_6628 Album de rangement.

 Signalons enfin que pour le transport des disques, on trouve dans le commerce des valises parallélépipédiques spécialement étudiées, exactement au format des pochettes, et permettant ainsi une meilleure protection qu’une valise ordinaire où les disques sont moins bien calés de tous côtés.

IMG_6629 Divers types de valises spéciales, au bon format, rigides ou à assembler, assurent les meilleures conditions de transport des disques.

 MODALITES DE CLASSEMENT

Les possesseurs de nombreux disques se trouvent tôt ou tard confrontés au problème du classement méthodique de leurs enregistrements. Or, ce problème apparaît avec une acuité particulière si l’on considère que bien des disques ne comportent pas que l’enregistrement d’une seule œuvre ou d’un même type d’œuvres, et d’un seul auteur. Ainsi, tout classement méthodique se heurte au cas des disques à références multiples, comme le sont les anthologies et tes récitals.

Les exemples surabondent : anthologie du Moyen-âge ou de la Renaissance, concertos pour trompette de divers auteurs baroques, récital de chant offrant plusieurs airs d’opéras, d’auteurs, d’époques et de pays différents, Concertos pour violon de Mendelssohn et de Tchaïkovski, etc. A quoi il faut ajouter le mélange des genres qui peuvent composer la discothèque d’un honnête homme du XXe siècle : jazz, chanson, classique, théâtre, folklore, musique pop, documents sonores et historiques, chant grégorien, orgues de Barbarie, sans parler gravures rarissimes et des « moutons à cinq pattes » que bien des discophiles sont heureux de faire découvrir à leur entourage avec les soins jaloux d’un bibliophile révélant son « rayon noir ».

Un seul classement systématique est possible : il consiste, comme on le fait dans les très grandes discothèques, à ranger les enregistrements dans leur ordre d’arrivée. Un fichier tenu à jour permet alors, par l’intermédiaire d’une codification intérieure, de retrouver le disque recherché à partir de n’importe quelle donnée : compositeur, œuvre, instrument, interprète. Mais ce type de classement ne convient guère à la discothèque d’un amateur, quand même celle-ci se compose de plusieurs mi Iliers de disques.

Dans la pratique, donc, il faut adopter un classement méthodique ; mais ce que nous avons observé plus haut empêche, dans la plupart des cas, de s’en tenir à un seul type de classement, du fait de la diversité des sources sonores- sauf pour les discophiles hautement spécialisés, dans les opéras de Verdi ou les enregistrements de Wilhelm Furtwaengler, par exemple. On devra , en fait,; imaginer le compromis le plus adapté à ses goûts discographiques entre les méthodes que nous signalons ci-dessous.

• Classement alphabétique par auteurs. Méthode rigoureuse, puisqu’un disque est le plus souvent référencé par l’auteur de l’oeuvre ou des œuvres enregistrées. Britten trouve ainsi sa place après Brahms et avant Bruckner. Inconvénients : impossibilité de classer un disque dès qu’il présente les oeuvres de plus d’un auteur, absence de Iocalisation des anonymes, des musiques ethniques, des documents, etc.

• Classement par interprètes. Particulièrement recommandé pour les amateurs de jazz, de pop, de variété, de folk, où c’est l’interprète qui prime le compositeur. Utile également pour les amateurs de récitals classiques, qui trouveront ainsi réunis tous les enregistrements de Maria Callas ou de Dinu Lipatti. Inconvénients : peu maniable pour une grande discothèque (cas des orchestres ayant beaucoup enregistré, par exemple), inoertitude pour les disques intéressants pour plusieurs interprètes à la fois, et impossibilité de classer tous les documents sonores ne faisant pas appel à des interprètes.

Classement ,chronologique. Des origines à nos jours, les auteurs tgurent dans I.ordre de leur date de naissance. Schubert se trouve ainsi place apres Beethoven et avant Schumann, ce qui permet de classer facilement les disques anthologiques centrés sur une periode donnee, et offre la satisfactmn intellectuelle de voir Weber voisiner avec Beethoven plutôt qu avec Webern, lequel se trouvera du m~.me coup rapproché de Berg. Inconvénients : nécessité d’un minimum de connaissances d’histoire de la musique, surprises de la chronologie (Offenbach venant se glisser entre Wagner et Bruckner), panachages d ecoles et de genres divers, et toujours pas de place assignée aux documents sonores et aux musiques de cultures ignorant I histoire ou imprecisément datées.

• Classement par genres. Les opéras, la musique d’orgue, la chanson poétique, la musique africaine, !es récitals de piano, les chants oiseaux se trouvent .ainsi réunis et immédiatement Iocalisables. Inconvenients : imprécision du classement pour les genres les plus représentés dans la discotheque.

• Classement par collections. Celles.ci regroupent généralement les enregistrements selon une idée directrice : époque, style, instrument etc. Tous les disques d’une histoire du jazz ou d’une antholog!e de l’orgue se trouvent ainsi regroupés. Classement assez précis et agréable a l’oeil. On le voit, ce n’est qu’en prenant a chacune des formules de classement possible les avantages qu’elle offre dans le cas particulier a résoudre, qu’on mettra au point le système permettant de trouver a coup sûr l’enregistrement recherché, et de ne pas risquer d’abandonner un disque moins essentiel à l’oubli d’un emplacement inadéquat. Par exemple, pour la musique classique, l’ordre chronologique, bien pratique pour regrouper les anthologles, mais tout en ménageant des rubriques par genres (musiques ethniques, théâtre, récitals de chant) les disques de jazz, de chanson ou de pop •étant classes par ordre alphabétique d’interpretes.

Une certitude demeure neanmoins. Tout comme un bibliophile, un discophile passionné sait très bien ce qu’il possède et trouve en un instant ce qu’il recherche, quelle que soit la façon dont il classe ses disques.

 

Source

UnknownGuide pratique du discophile. Les Guides Diapason

de CANTAGREL Gilles (Auteur)