La lecture des disques

Dans les pages qui suivent, nous envisageons les procédés et les organes destinés à la lecture des disques – tables, bras et cellules de lecture. Nous nous abstenons volontairement, respectant le cadre de ce guide avant tout pratique, de notions d’ordre physique ressortissant de la technique de la haute-fidélité. Nous n’abordons pas plus les considérations qui président au choix d’une chaîne de reproduction sonore. Au contraire, nous supposons le discophile en possession d’un équipement de lecture de disques défini qu’il veut utiliser pour écouter ses enregistrements dans les meilleures conditions auxquelles celui-ci peut faire accéder ; nous passons donc en revue l’ensemble des informations répondant aux questions que suscite l’utilisation quotidienne de cet équipement : réglages élémentaires, contrôles, détection des principaux défauts pouvant survenir et leurs remèdes. Nous terminons ce tour d’horizon par les problèmes que pose aujourd’hui une écoute correcte des anciens disques 78 tours.

table de lecture

LES DIFFERENTS PRINCIPES

Uniquement vouée à entraîner le disque à une vitesse précisément déterminée et avec la plus grande régularité possible, la table de lecture proprement dite est un organe purement mécanique, même si certaines commandes mettent en œoeuvre des éléments électroniques.
Plusieurs types d’entraînement du plateau ont été successivement mis au point. Le système à galet est aujourd’hui abandonné pour les matériels de hautes performances (sauf pour certains destinés à des applications spéciales). Il est réservé aux équipements modestes, ainsi qu’aux systèmes à changeur automatique, dans la mesure où leur mécanisme exige un moteur puissant, également nécessaire pour assurer le fonctionnement du changeur.Les tables de lecture haute-fidélité actuelles sont en grande partie basées sur le principe simple et robuste de l’entraînement par courroie ; il est relativement peu onéreux et assure un très faible niveau de ronronnement et une excellente régularité de rotation. Le nouveau système de l’entraînement direct, qui connaît un réel succès, apporte les avantages d’une usure très minime, donc d’une grande constance de caractéristiques dans le temps, ainsi qu’une grande rapidité de mise en routeà la vitesse requise.

Quel que soit le type de table de lecture auquel s’est rallié le discophile, celui-ci attend de cet équipement trois caractéristiques essentielles. Un taux de ronronnement le plus faible possible, afin de préserver la dynamique de l’enregistrement et ne pas parasiter la reproduction sonore d’un bruit grave et régulier désagréable. Par ailleurs, les vitesses accessibles par ce matériel devront être respectées avec une grande précision, afin de se trouver placé à l’écoute dans des conditions identiques à celles de l’enregistrement, une différence de vitesse nominale entraînant des variations de hauteur, de timbre et de tempo dans la restitution musicale. Enfin, la vitesse choisie doit être tenue avec une très grande régularité tout au long de l’écoute du disque, sans la moindre fluctuation.
De même que l’oeil pour les couleurs, l’oreille est relativement peu sensible à une variation absolue des sons, et très sensible à leur variation relative. En d’autres termes, si la vitesse nominale du tourne-disque est respectée avec une tolérance suffisante, le mélomane qui n’est pas tout particulièrement exercé ne percevra aucune différence par rapport à ce qu’il en serait si la vitesse était rigoureusement exacte : il faut un écart relativement important de la vitesse de rotation pour qu’il se manifeste de façon sensible par une différence de ton. Au contraire, les écarts instantanés de vitesse, qu’ils soient lents (phénomène de « pleurage ») ou rapides (phénomène de « scintillement ») font subir au signal sonore des fluctuations très perceptibles et extrêmement pénibles. Ce sont ces fluctuations que, dans la pratique, on baptise globalement du terme générique de « pleurage », terme qui traduit assez bien l’impression ressentie auditivement: les sons tenus, en particulier du piano, semblent larmoyer, onduler lamentablement. Aussi, si les tables de lecture donnent toujours une vitesse nominale correcte, et d’ailleurs ajustable par un réglage fin, le discophile sera beaucoup plus exigeant en matière de taux de fluctuations ; ce taux pouvant augmenter dans le temps, avec l’usure des pièces mécaniques mises en mouvement, l’utilisateur doit être averti du phénomène pour l’identifier sans peine s’il se produit.

Le nombre de vitesses disponibles sur la très grande majorité des tables de lecture actuelles se limite aux deux standards de loin les plus répandus : 33 et 45 tours/minute. Cette limitation est justifiée par la quasi-inexistence des disques à 16 tours, et par la disparition du standard 78 tours ; elle s’explique technologiquement par la recherche d’une plus grande simplicité mécanique ou électromécanique, garante d’une meilleure fiabilité. Cependant, certains amateurs pourront regretter l’abandon presque général de la vitesse de 78 tours : nous y reviendrons plus loin.
Les automatismes dont peut être dotée une table de lecture ont longtemps été critiqués, et à juste titre, dans la mesure où ils étaient assurés par des systèmes mécaniques imposant au bras et à la cellule de lecture des contraintes mécaniques incompatibles avec les exigences de la haute-fidélité. Les progrès réalisés dans ce domaine permettent au contraire, aujourd’hui, de recommander aux discophiles l’usage des divers systèmes automatiques qui leur sont proposés, et notamment, en matière de table de lecture, l’arrêt automatique en fin de disque. Celui-ci permet en effet d’éviter de laisser tourner un peu trop longtemps le disque en fin de lecture, avec la pointe de lecture demeurée dans le sillon, et en particulier d’échapper au risque, heureusement peu fréquent, que celle-ci saute alors du sillon et s’en aille sur l’étiquette du disque.
Enfin, on peut s’interroger sur l’opportunité d’user d’un changeur de disques. Ce système a été mis au point pour permettre l’enchaînement automatique de disques 45 tours, de durée assez brève, en des programmes plus longs dûment préparés. C’est pour cette raison que les disques 45 tours de 17 cm, très Iégers, sont munis d’un trou central de fort diamètre et d’une surépaisseur sur le pourtour. On peut ainsi les empiler sur un mandrin qui les maintient bien en place, et la surépaisseur permet de ne pas heurter les surfaces gravées les unes contre les autres. En outre, les limitations de qualité dues à ce procédé sont compatibles avec la fidélité moyenne attendue de tels enregistrernents.
Il n’en va pas du tout de même avec les disques 33 tours 30 cm, qui n’ont pas été prévus initialement pour le changeur automatique.
Le microsillon offre la possibilité de ne pas intervenir plus souvent que toutes les 20 ou 25 minutes en moyenne.

On a voulu pousser plus loin cet avantage, en permettant d’écouter par exemple un ou deux actes d’opéra sans se déplacer – trois ou quatre faces de disques s’enchaînent alors automatiquement. C’est là l’unique avantage que présente ce système, avantage bien mince, en vérité, dans la pratique : rares sont les cas où l’on programme deux heures d’audition en étant sûr de ne pas avoir à intervenir d’une manière ou une autre ; de plus, ramenée à une fréquence de deux ou trois fois par heure, l’opération de retournement ou de changement de disque ne présente pas un inconvénient tel qu’il faille dépenser des trésors d’ingéniosité pour y échapper.Mais en contrepartie de ce minime intérêt, les inconvénients du procédé de changement automatique en 33 tours sont considérables.

Et tout d’abord, quant au choix même des disques à écouter ainsi à la file les uns des autres. En effet, il n’y a pas de difficulté à faire s’enchaîner des morceaux enregistrés sur des faces uniques de disques différents ; mais si l’oeuvre se poursuit sur l’autre face, le changeur, qui ne retourne évidemment pas le disque, est inutilisable.
Cette contrainte a amené certains éditeurs de disques, et notamment en Allemagne où le système du changeur a été longtemps en vogue, à réaliser, pour les œuvres inscrites sur plusieurs disques, des « couplages » prévus à cet effet. Par exemple, un opéra gravé en quatre disques, c’est-à-dire en huit faces, ne présentait pas la face 2 au dos de la face 1, mais sur le second disque, et ainsi de suite jusqu’à la face 4. Il suffisait alors d’empiler correctement les quatre disques, pour entendre la première moitié de l’oeuvre dans sa continuité; après quoi, une fois retournés tous les disques, on pouvait lire les faces 5 à 8 à la file. C’est ce qui explique qu’en un tel cas, le mélomane non prévenu pouvait s’étonner de voir figurer la face 8 au verso de la face 1, la 7 au verso de la 2 et la 6 au verso de la 3, le seul dernier disque de l’ensemble présentant le recto]verso traditionnel. L’abandon, justifié, du changeur, a conduit à renoncer progressivement à cette pratique, qui pouvait néanmoins présenter aux professionnels, en radiodiffusion notamment, l’avantage de faciliter les enchaînements rapides d’une table de lecture à l’autre.
Mais outre cet inconvénient, les obstacles d’ordre technique à l’adoption du changeur nous paraissent rédhibitoires et incompatibles avec la haute qualité qui peut être obtenue par les disques microsillons. En effet, qu’ils soient empilés au-dessus du plateau, ou sur le plateau lui-même, tombant les uns sur les autres, ces disques, théoriquement plans, sont en contact sur toute leur surface tes uns avec les autres, ce qui accroît considérablement les risques de rayures et d’abrasion par les poussières, et d’autant plus qu’il peut y avoir léger glissement du disque lu sur celui ou ceux placés au-dessous donc, du m6me coup, important risque de pleurage. Si la planéité n’est pas optimale, les risques sont plus grands encore, du fait des répercussions des disques voilés sur ceux qui se trouvent situés au-dessus. Enfin, l’épaisseur éminemment variable de la pile de disques sur le plateau fait que le bras de lecture, parallèle au plateau pour le premier disque, s’écarte davantage de cette position à chaque disque supplémentaire ; par suite, l’angle de la cellule de lecture avec la surface du disque varie, ce qui entraîne des distorsions. Toutes ces raisons font vivement déconseiller l’usage du changeur automatique aux discophiles soucieux de qualité, et ne le réservent qu’à la musique d’ambiance, pour laquelle les performances requises peuvent etre beaucoup plus modestes.

FullSizeRenderL’usage d’un changeur de disques entraîne une modification importante et néfaste des conditions de lecture par le bras.

INSTALLATION ET REGLAGES

En dehors des recommandations qui accompagnent la mise en service d’une table de lecture après son achat ou son transport chez un particulier, quelques précautions sont à observer pour l’installer correctement à l’emplacement qui lui a été assigné, et en assurer le meilleur fonctionnement.
• Suspension et isolation.Les tables de lecture de bonne qualité sont équipées d’un système interne de suspension destiné à isoler plateau, bras et cellule des vibrations du moteur. Si le système de suspension est calé pour le transport par des vis de blocage, ne pas omettre de les desserrer ou de les retirer, en se conformant à la notice d’utilisation. Ainsi, les pièces mobiles sont indépendantes du bâti de la platine, qui peut être installé de façon rigide sur une planche plane ou un meuble. Mais on peut améliorer l’isolation de ce bâti par rapport aux vibrations extérieures, en le fixant sur un piètement anti-vibratoire – des pieds en caoutchouc mousse, par exemple -, qui rendra la table de lecture plus insensible encore à un choc éventuel sur son bâti ou sur le meuble où elle se trouve placée, ou aux vibrations engendrées par les pas sur un parquet non recouvert de tapis.

• Horizontalité. Il est essentiel, pour que le bras de lecture guide avec la moindre inertie la cellule phonocaptrice dans son exploration du sillon, que le plateau tourne-disque, une fois installée la table de lecture, soit parfaitement horizontal dans toutes les

FullSizeRender-2 Le niveau à bulle permet de contrôler l’horizontalité de la table de lecture.

directions (c’est-à-dire aussi bien dans l’axe gauche-droite que dans l’axe avant-arrière). Cette vérification et ce réglage s’effectuent très simplement en utilisant un niveau à bulle. Si l’on ne possède qu’un grand niveau de maçon, manifestement inapproprié a cet usage, on peut trouver dans le commerce de petits niveaux spécialement réalisés à cet effet. Si le niveau est longitudinal, recouper le contrôle effectué dans un axe par un autre effectué à la perpendiculaire ; s’il est circulaire, l’observation se fait en une seule fois. Signalons que certains tourne-disques sont équipés de cet accessoire, utile sans toutefois que sa présence doive être un facteur déterminant de choix.

• Vitesse. La grande majorité des tables de lecture disposent d’un réglage fin de la vitesse de rotation, nécessaire, comme nous l’avons dit, pour assurer l’exactitude de la vitesse nominale, et d’autant plus si l’utilisation d’un bras de dépoussiérage un peu lourd risque de freiner quelque peu le plateau. Pour permettre ce réglage, de plus en plus nombreux sont les modèles de tables de lecture munis de raies stroboscopiques sur la tranche du plateau, avec un système d’éclairage provoquant l’effet stroboscopique. Rappelons que cet effet consiste en une interférence entre la fréquence d’apparition des raies blanches et noires du plateau et la fréquence du secteur électrique alimentant la source lumineuse utilisée. Si le pourtour du plateau est gravé de telle sorte qu’en une seconde sa rotation fasse apparaître à l’observateur 50 raies blanches et autant de raies noires ; et si ces raies sont éclairées à l’aide d’une lampe électrique qui, par définition, s’allume et s’éteint alternativement à la fréquence de notre secteur, c’est-à-dire 50 fois par seconde-, alors, les raies apparaissant à la même fréquence qu’elles son.t éclairées par la lampe, semblent immobiles. Si le plateau tourne plus ou moins vite que la vitesse pour laquelle les raies ont été gravées, les raies lumineuses du stroboscope paraîtront avancer ou reculer par rapport à-la position immobile, qui est la bonne position. On devra alors jouer sur le bouton de réglage fin de la vitesse de la table de lecture, pour voir les raies du stroboscope s’immobiliser.
Si la table de lecture ne comporte pas de système stroboscopique incorporé, il suffit de se procurer dans le commerce un petit disque spécial comportant les raies stroboscopiques, disque qu’on pose sur le plateau le temps de faire la mesure.
‘Quelques précisions sont à apporter sur cette opération. D’une part, ne l’effectuer, si possible, que dans les conditions normales d’utilisation, c’est-à-dire avec le bras de lecture et le bras dépoussiéreur reposant sur le disque. D’autre part, étant donné le principe de la stroboscopie, ne pas omettre d’éclairer les raies du plateau à l’aide d’une ampoule électrique (ou de préférence d’un tube fluorescent, avec lequel l’effet sera plus sensible), branchée sur le secteur. Toute tentative pour utiliser la lumière solaire, celle d’une allumette ou d’une lampe de poche (sur pile, donc à courant continu) sera à coup sûr couronnée d’insuccès !

Enfin, selon le type d’entraînement et de régulation de la table de lecture, il n’est pas certain qu’un réglage effectué avec précision pour une vitesse demeure encore correct pour une autre vitesse ; lors de tout changement de vitesse de rotation, il faut donc vérifier et éventuellement régler la vitesse. Dans ce but, les stroboscopes comportent deux (et parfois trois) rangées de raies, pour les vitesses normalisées de 33 et 45 tours/minute (la troisième rangée étant destinée aux 78 tours). Par le principe même de la stroboscopie, plus la vitesse nominale est rapide, plus les raies sont espacées.
Il arrive, sur certains matériels internationaux, de trouver quatre rangées de raies stroboscopiques. Elles sont destinées à la vérification des deux vitesses traditionnelles selon la fréquence du secteur électrique, européen ou américain (et japonais). Dans ce cas, bien repérer les rangées correspondant à notre secteur de 50 H z (ou 50 périodes par seconde), et ne pas tenter un réglage en se basant sur une autre graduation…

Un dernier point vaut d’être soulevé à propos des tables de lecture : la matière et la forme du couvre-plateau. Le couvre-plateau a pour mission de supporter le disque en m~me temps que de l’isoler au mieux des vibrations transmises par la table de lecture. Or, le ronronnement du moteur et des pièces mobiles est toujours plus ou moins transmis à la cellule phonocaptrice par l’intermédiaire du disque ; et le disque lui-même, sous la sollicitation des déplacements de la pointe de lecture, peut se mettre à vibrer et à engendrer des résonances parasites, captées par la cellule de lecture et transrnises aux haut-parleurs après amplification. Ce phénomène, qui n’est certes sensible que sur les installations de haute qualité, s’est accru depuis que les disques ont diminué d’épaisseur et amortissent moins bien les vibrations. Pour cette raison, on a mis au point des couvre-plateaux anti-résonnants qui assurent au son une fermeté et une précision que pouvaient lui retirer certains couvre-plateaux mal étudiés. Il faut cependant répéter que l’amélioration ainsi apportée_n’est perceptible que sur un équipement de qualité. Signalons par ailleurs que ces couvre-plateaux, nécessairement assez épais, nécessitent un réglage approprié de la hauteur du bras de lecture.

DEFAUTS ET REMEDES

Les tables de lecture actuelles sont généralement réalisées avec un grand soin, et il est rare que des incidents surviennent. Voici cependant quelques cas de défauts pouvant se produire, et des indications sur les remèdes à y apporter.
• Ronronnement excessif. Si un ronronnement dû à la table de lecture se manifeste, ou si on l’entend avec plus de présence que sa valeur habituelle (phénomène surtout sensible en écoute au casque), plusieurs causes sont possibles. Il peut, d’une part, se produire une transmission de vibrations au châssis de la table de lecture, transmission qu’accentue une suspension défectueuse. Rechercher alors si le ronronnement a une origine extérieure, ou s’il n’est pas dû à un défaut de suspension (des pièces mobiles venant en contact avec des pièces fixes).
Le ronronnement peut aussi être dû à un vieillissement de la table de lecture, roulements ou paliers usés (ou insuffisamment lubrifiés), et notamment dans le cas des tourne-disques à entraînement par galet (durcissement du galet). Il faut alors se reporter à la notice d’entretien de l’appareil, et probablement consulter ensuite son spécialiste. Vérifier auparavant que le ronronnement est bien localisé à la table de lecture, et non dû, par exemple, à une mauvaise prise de masse ou à l’audition d’un disque médiocre. Auditivement, le ronronnement d’une table de lecture est très reconnaissable : il est de faible intensité et de basse fréquence.

Un cas plus rare de ronronnement peut être dû à ce qu’un ensemble bras-cellule, mal adapté à la table de lecture (ou les deux organes mal adaptés entre eux), se révèle particulièrement sensible aux vibrations mécaniques du moteur et des pièces en mouvement.
Consulter alors un technicien.

• Pleurage. Le pleurage est parfois — mais rarement — originaire d’un mauvais disque. Si l’on perçoit un pleurage persistant, et se renouvelant avec des disques divers qu’on sait exempts de ce défaut, la table de lecture peut être mise en cause. Il s’agit alors soit d’un freinage intempestif et irrégulier, comme celui que peut provoquer un bras dépoussiéreur lourd sur un disque voilé ou un frottement quelconque, soit d’une défaillance du système d’entraînement : galet usé, courroie distendue, panne de circuit électrique de régulation, par exemple. Dans ce cas, consulter un spécialiste.

• Précision de vitesse. Nous l’avons dit, il ne s’agit généralement pas d’un défaut très sensible. Un contrôle périodique par stroboscope permet de s’en prémunir. Si, néanmoins, l’écart de vitesse devenait par trop grand – pouvant atteindre alors un demi-ton dans la hauteur musicale -, et surtout s’il n’était plus possible d’y porter remède en intervenant sur le réglage fin de la vitesse, ce serait le signe d’une fatigue d’organes d’entraînement ou de transmission du mouvement, relevant du fabricant ou de son mandataire.

Bras et cellule de lecture

LE BRAS ET SES REGLAGES

Le bras de lecture n’est rien d’autre que le support de la cellule phonocaptrice : il ne joue aucun rôle électroacoustique dans la chaîne de reproduction sonore. Néanmoins, n’étant pas abstrait et idéalement neutre, il réagit avec la cellule et le disque utilisés. Ainsi, ce n’est pas un organe purement passif ; au contraire, il risque en bien des cas de provoquer des distorsions supplémentaires dans la reproduction.

Le discophile n’a pas toujours conscience de cette importance du bras de lecture. C’est pourquoi nous devons rappeler ici que c’est un organe délicat, à régler et à manipuler avec soin. Il ne faut pas trop le soulever, ni l’entraîner en dehors de la zone où il est appelé à fonctionner. D’autre part, si les dispositifs d’abaissement et de relèvement en douceur du bras de lecture visent avant tout à protéger le disque, la pointe et la cellule de lecture, ils permettent également d’avoir moins à manipuler le bras, et de le faire avec plus de délicatesse. Il en va de même pour les automatismes perfectionnés dont sont dotées les tables de lecture actuelles (au contraire des anciens, qui exerçaient de trop fortes contraintes sur les systèmes d’articulation). Ceci est tout particulièrement vrai sur les tables de lecture à bras tangentiel à fonctionnement entièrement automatique.
Les réglages à effectuer sur le bras de lecture relèvent des opérations de mise en service d’un maillon de chaîne haute-fidélité, et n’auraient en principe pas à être évoqués ici. Cependant, de plus en plus nombreux sont les mélomanes qui améliorent ou modifient les qualités de reproduction de leur installation en changeant de cellule phonocaptrice, ou en utilisant plusieurs cellules alternativement. La cellule étant étroitement associée mécaniquement au bras de lecture, il convient donc de rappeler quelles sont les opérations à effectuer lors d’un changement de phonocapteur.
• Horizontalité. La première opération consiste à assurer au bras sa position horizontale, c’est-à-dire parallèle à la surface du plateau

FullSizeRender-3

tourne-disque. La cellule de lecture et son embout étant fixés au bras, placer un disque sur le plateau, libérer l’abaissement du bras et laisser la pointe de lecture se poser sur le disque. Si la cellule phonocaptrice a éte bien montée et que le bras est correctement réglé, en l’examinant de profil, on doit le voir parallèle au plateau tourne-disque. S’il n’en était pas ainsi, desserrer son blocage pour relever ou abaisser son support, en se conformant rigoureusement aux instructions du constructeur. Si cette opération est nécessaire mais ne se révèle pas aisément réalisable par le discophile, s’adresser à un technicien plutôt que de risquer de commettre une fausse manœuvre.

• Equilibrage statique. Une fois le bras horizontal, et avant de procéder au réglage de la force d’appui, il convient d’assurer au bras un parfait équilibrage – ce que l’on appelle la position d’équilibre indifférent. C’est une opération accessible à tout amateur, indispensable à un réglage correct de l’équipement de lecture, mais plus longue et plus délicate à effectuer qu’il n’y paraîtrait à première vue.
S’assurer tout d’abord que la coquille et la cellule phonocaptrice sont correctement mises en place, comme pour la lecture d’un disque, c’est-à-dire le diamant et son porte-pointe positionnés et l’éventuel capot de protection retiré. Amener le dispositif de réglage de la force d’appui au zéro, et annuler le réglage de compensation de la force centripète, ou « antiskating » (le placer en position « zéro »,

Dans sa position d’équilibre indifférent, le bras de lecture oscille autour de l’horizontale ; un très bon bras doit même pouvoir s’arrdter dans n’importe quelle position.

FullSizeRender-8

ou retirer le poids si c’est un tel dispositif qui assure ce réglage): S’assurer enfin que la masselotte de contrepoids placée à l’extrémité du bras correspond bien au type de cellule utilisé, selon que celle-ci est légère ou non.
Libérer alors le bras de son dispositif de fixation et du système d’abaissement en douceur, comme pour lire un disque, en prenant garde de ne pas heurter la pointe de lecture. Procéder ensuite à la recherche de l’équilibre indifférent, en réalisant d’abord un équilibrage grossier par déplacement du contrepoids le long du bras ; puis affiner le réglage par tâtonnements autour de la position d’équilibre, en jouant, si le contrepoids en est équipé, avec la mollette de réglage prévue à cet effet. Pour que l’équilibre soit atteint, le bras doit se balancer légèrement et plusieurs fois par rapport à sa position horizontale, et finalement s’immobiliser à l’horizontale.

• Force d’appui. On peut alors ramener le bras dans son support de fixation et relever son dispositif d’abaissement doux. La quasi-totalité des bras équipant les tables de lecture haute-fidélité possèdent un réglage gradué et précis de Fa force d’appui: il suffit d’afficher la valeur retenue en fonction du type de phonocapteur utilisé. Si cette graduation n’existe pas, ou si l’on veut disposer d’un

FullSizeRender-7Un « pèse-pick up' » simple et efficace.

IMG_6635 « Pèse-pick up » de précision pour les forces d’appui peu élevées.

réglage plus précis (ou contrôler la valeur de ce réglage), on peut recourir à un « pèse pick-up » du commerce, simple balance romaine spécialement réalisée que l’on pose sur le plateau tourne-disque ; on place alors la pointe de lecture dans le logement qui lui est destiné, et en manœuvrant le poids le long du fléau gradué, on lit directement la force d’appui.
La détermination de la force d’appui optimale est une affaire personnelle du discophile, mais dépend avant tout du modèle de cellule phonocaptrice utilisé. Le constructeur prend toujours soin de recommander une force d’appui optimale, et généralement une zone d’utilisation limitée par un minimum et un maximum. Nous revenons en détail sur cette question un peu plus loin ; en tout état de cause, on aura très généralement intérêt à opter pour la valeur maximale indiquée par le constructeur.

• Compensation de la force centripète. Cette force centripète, ou poussée latérale, est celle qu’exerce le mouvement du disque sur la cellule de lecture, qui tend à être attirée vers le centre du disque.
Cette force provoque une lecture préférentielle du flanc du sillon situé vers le centre du disque (ou flanc intérieur), donc des distorsions, un déséquilibre entre les voies et une usure prématurée du disque et de la pointe de lecture de ce côté. On doit par conséquent la compenser par un dispositif exerçant sur le mouvement du bras une force égale à la force centripète, mais dans le sens contraire. Cette compensation, souvent nommée de son nom anglais d »‘antiskating », est réalisée par divers systèmes, selon les modèles de bras ; elle est généralement réglable. La force centripète dépendant, entre autres facteurs, de la force d’appui de la cellule sur le disque, la graduation de réglage est donc généralement exprimée en fonction de cette valeur.
La compensation de la force centripète présente un petit inconvénient matériel. Puisqu’elle rétablit l’équilibre lorsque la cellule de lecture est entraînée par le disque en mouvement, elle tend à déséquilibrer le mouvement du bras, en le faisant dévier de la verticale lorsque la pointe n’est pas engagée dans le sillon. Aussi, quand on fait descendre le bras de lecture pour lire le disque, il est légèrement déporté vers l’extérieur du disque: il faut en tenir compte pour éviter toute fausse manœuvre. La même raison fait qu’il est assez hasardeux de régler avec précision la compensation de force centripète en utilisant, comme le proposent certainsdisques tests, une plage lisse, la pointe de lecture n’étant pasalors entraînée dans les mêmes conditions que Iorsqu’elle est engagée dans le sillon.

On le voit, ces réglages sont assez délicats à effectuer; mais ils demeurent permanents tant qu’on utilise la même cellule phonocaptrice. Dès que l’on change de cellule, il faut recommencer l’équilibrage statique et l’affichage de la force d’appui et de la compensation. Si le discophile aime à changer de cellule phonocaptrice en fonction des types de musique qu’il écoute – tel modèle convenant mieux par exemple, selon lui, à la musique pop ou au symphonique, tel autre à la voix ou à la musique de chambre -, il ne doit pas s’obliger à refaire à chaque fois les réglages correspondants. Pour éviter ces manœuvres, deux solutions s’offrent à lui.
Tout d’abord, si les deux (ou plus) cellules phonocaptrices utilisées sont de poids à peu près comparable, la formule la plus

ingénieuse consiste à les monter dans des coquilles tarées de façon qu’elles fassent exactement le même poids. On pourra pour cela utiliser diverses pièces, comme des contre-écrous ou tout autre objet bien fixé et ne risquant pas de perturber le fonctionnement normal ni de tomber sur le disque. Les coquilles équipées des diverses cellules utilisées étant de poids rigoureusement identique, il n’y a pas à refaire l’équilibrage statique du bras Iorsqu’on passe de l’une à l’autre. Pour peu que la force d’appui choisie soit la même dans les divers cas, il n’y a alors aucune retouche à faire aux réglages.
Si, au contraire, on utilise des cellules phonocaptrices de poids assez différents, ou si l’on veut pouvoir procéder à des comparaisons instantanées, ou n’avoir aucune manipulation supplémentaire à effectuer Iorsqu’on veut passer d’une cellule à l’autre, on devra, si toutefois la chose est possible sur la table de lecture utilisée, faire monter un second bras de lecture, raccordé a une seconde entrée sur le préamplificateur. Ces opérations demandent l’intervention d’un spécialiste. Cette solution permet de régler les bras de lecture une fois pour toutes en fonction du modèle de cellule phonocaptrice qui leur est associé.

FORCE D’APPUI ET USURE DES DISQUES

Le sens commun, entretenu par certains messages publicitaires, porterait à croire que pour épargner la surface des disques et la maintenir le plus longtemps possible en parfait état, il faudrait lire les disques avec une force d’appui aussi faible que possible. Il est vrai qu’aux débuts de la haute-fidélité, on pratiquait encore des forces d’appui trop élevées, et qu’il fallut bien insister sur la nécessité de ne pas écraser la pointe de lecture dans le sillon. Mais il est absolument faux de penser que plus faible est la force d’appui, et meilleure est la protection du disque. Au contraire, et aussi paradoxal que cela puisse paraître, une force d’appui plus faible que celle préconisée par le constructeur de la cellule de lecture entraîne une usure rapide des disques, accompagnée d’un fort taux de distorsion, beaucoup plus qu’une force d’appui un peu plus élevée que cette valeur.
Illustrons ce phénomène par l’exemple d’une cellule phonocaptrice pour laquelle le fabricant recommande une force d’appui comprise entre 1 et 2 g. Si on dispose d’un bras de !ecture de qualité standard, et que l’on règle la force d’appui a 1 g, on constatera sans peine que la cellule. tient mal le sillon, qu’elle a tendance à sauter, et que des distorsions apparaissent sur les fortes

modulations. Si on choisit une valeur un peu plus faible encore ~~0,75 g, par exemple -, il y a toute probabilité pour que la pointe de lecture soit éjectée du sillon. Si, au contraire, on règle le force d’appui a 2 g, on constate que la pointe de lecture suit trl)s bien les contours les plus mouvementés du sillon, et que la restitution est plus claire, plus propre, exempte de distorsion. Enfin, si on pousse la force d’appui à 3 g, on ne constate aucune différence avec ce qui se passe à 2 g.
Des expériences systématiques menées en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis ont montré l’incidence de la force d’appui sur les résultats sonores et sur l’usure des disques. Une force d’appui insuffisante, du fait que la pointe de lecture n’est pas correctement guidée par le sillon, entraîne une usure accrue des disques, qui se traduit une déformation considérable du son. Au contraire, une force d’appui un peu trop élevée entraîne uniquement une légère perte de brillant du disque. Au bout de cent passages, un disque lu avec la force d’appui minimale spécifiée devient quasiment méconnaissable, alors que lu avec une force d’appui de 50% supérieure à la force maximale spécifiée, il reste à peu près comparable à ce qu’il était dans son état neuf.
Ces diverses expériences conduisent à recommander de ne jamais se placer au-dessous de la valeur moyenne fixée par le constructeur (dans notre exemple précédent, entre 1 g et 2 g, c’est-à-dire 1,5 g). Cette valeur moyenne est réservée aux excellents équipements.
D’autre part, il n’y a aucun danger pour le disque à se situer à la valeur maximale (2 g, dans notre exemple), et c’est même à cette valeur qu’on obtient les meilleurs résultats auditifs avec un équipement courant. Cette recommandation vaut d’autant plus si la cellule et le bras de lecture ne sont pas parmi les plus performants.
Enfin, il est bien évident que, même lu avec le meilleur équipement, et en respectant la valeur moyenne ou optimale de la spécification du constructeur pour la force d’appui de la cellule phonocaptrice, un disque s’use à chaque passage. Mais on a pu mesurer que cette usure était beaucoup plus faible que la détérioration engendrée par les poussières superficielles, les diamants encrassés, et plus encore les pointes de lecture usées, abîmées par un choc ou lisant le disque sous un mauvais angle d’attaque. Cent passages d’un disque très soigneusement entretenu, avec un équipement de lecture correctement réglé et une force d’appui alignée sur la valeur maximale de la recommandation du constructeur, n’altèrent que très peu le message sonore, et maintiennent l’enregistrement dans un bon état de conservation,

alors qu’un seul passage avec une pointe usëe ou abimëe, quelle que soit la force d’appui, a toutes les probabilitïs de détériorer sans rémission la modulation inscrite dans le sillon, et de rendre le disque définitivement inutilisable. Quoi qu’on fasse, on n’empechera pas l’usure des disques à plus ou moins long terme, tant qu’on continuera à les lire par l’intermédiaire d’une pointe entrant en contact direct avec le sillon. C’est pourquoi, en attendant la lecture par rayon laser, des laboratoires ont réalisé des produits de protection de la surface des disques. Pour prévenir l’érosion du sillon (c’est-à-dire, en définitive, l’arrachement de petites particules de vinyle par la pointe de lecture), ce type de produit est un fluide protecteur, lubrifiant qu’on applique sur la surface des disques. Il forme une pellicule sèche extrêmement mince, qui améliore le contact de la pointe avec le sillon tout en protegeant la matière du disque. Le polissage est à renouveler toutes les 25 auditions du disque. Selon les laboratoires américains qui l’ont sërieusement testé, ce produit protège de l’empoussiérage et de l’électricité statique, non seulement le traitement assurerait aux disques une plus longue durée, mais il n’en affecterait pas les propriétés sonores. Tout récemment importé en France, ce type de produit semble tenir ses promesses; nous ne disposons malheureusement pas encore d’une expérience suffisamment longue pour en connaître le comportement au fil des années, sur de nombreuses auditions, dans des conditions moyennes d’utilisation.

LES PHONOCAPTEURS ET LES POINTES DE LECTURE

il n’y a pas lieu d’évoquer ici les divers types de phonocapteurs (ou cellules de lecture), leurs avantages et leurs inconvénients, ni de développer des considérations théoriques relativement complexes, et qui restent du domaine des techniques de la haute-fidélité. En revanche, la pratique discophilique pose quelques problèmes que nous passons en revue.
Rappelons tout d’abord que l’utilisation d’une pierre dure comme pointe de lecture est rendue obligatoire par les forces considérables qui sont mises en jeu par la lecture phonographique. Certes, les déplacements de la pointe sont très faibles, étant donné la petitesse du sillon. Mais le calcul montre que les déformations du sillon, dues à la modulation enregistrée, font subir à la pointe de lecture des

accélérations et des décélérations intenses, et des pressions localisées égaies à plusieurs centaines de kilogrammes par centimètre carré. Ces valeurs sont telles qu’il a fallu rechercher des matériaux très durs, capables également de résister à l’abrasion due à certaines poussières.
Après des essais plus ou moins fructueux et plus ou moins prolongés, on est passé des métaux spéciaux au saphir, puis au carborundum, et enfin au diamant lui-même, le sommet de l’échelle des duretés.
Néanmomns, un diamant ne conserve sa forme optimale que quelques dizaines d’heures seulement…
Ces forces mises en jeu par la lecture montrent combien il est délicat de faire « tenir la route » à la pointe dans le sillon : en toute logique, elle devrait être éjectée du sillon à la moindre occasion.
C’est dire l’importance de la force d’appui et du profil de la pointe, puisque tout mauvais contact de la pointe avec les flancs du sillon se traduit aussitôt par des distorsions considérables.
C’est là le phénomène que les Américains baptisent du nom de « trackability », contraction de « tracking ability », aptitude à bien lire le sillon. La pointe de lecture doit en effet manifester une grande stabil0té verticale et horizontale, quelles que soient les amplitudes et les fréquences gravées, sans perdre le contact avec les flancs du sillon.
Cette caractéristique dépend de la force d’appui appliquée à la cellule de lecture, qui pour cette raison ne doit pas être trop faible : elle est également une performance du type et du modèle de cellule phonocaptrice utilisé.
Etant donné les divers types et standards de gravure, on a été amené à fabriquer des pointes de lecture de diverses tailles pour explorer dans les meilleures conditions le sillon de chacun de ces types – 78 tours, monophonique, stéréophonique, quadriphonique -, et en retirer le maximum d’informations. On a cherché également à réaliser des pointes de lecture compatibles, c’est-à-dire pouvant lire aussi bien plusieurs standards de disques. C’est ainsi qu’ont été définies des valeurs de rayon de courbure et de profil de pointe de lecture.
Pour le disque 78 tours, la pointe doit être conique et dotée d’un rayon de courbure de 75 microns (0,075mm). Pour le disque microsillon monophonique, la pointe, toujours conique, est beaucoup plus fine, puisque son rayon de courbure descend à 25 microns. La stéréophonie a posé des problèmes nouveaux, pour lesquels on a réalisé des pointes de lecture coniques plus fines encore (13 microns) ; mais celles-ci avaient l’inconvénient de ne pas pouvoir lire les disques monophoniques et de risquer de « lire » le fond du sillon, c’est-à-dire de talonner, avec tous les dangers mécaniques et les

FullSizeRender-5 Quatre profils de pointes de lecture. De gauche à droite  » sphérique, elliptique, Pramanik et Shibata (maquette B&O).

FullSizeRender-6 Lecture du sillon par une pointe elliptique (document Shure).

distorsions que cela implique. On a donc renoncé à ces pointes fines pour adopter les pointes bi-radiales ou elliptiques, n’offrant qu’une surface de contact beaucoup plus petite avec le sillon mais dont le profil permet la lecture des disques monophoniques. La finesse de reproduction dans les aigus s’en est trouvée du même coup accrue.
C’est ce modèle qui est généralement adopté auiourd’hui, quoique, par son profil plus fin, il use davantage les disques.

Cependant, la perspective de disques quadriphoniques comportant des inscriptions plus complexes (particulièrement dans le cas du système CD 4, qui implique la gravure d’un spectre de fréquences beaucoup plus étendu vers l’aigu) a fait rechercher une nouvelle amdlioration dans le profil des pointes de lecture. C’est ainsi que sont nées les diverses pointes spéciales, baptisées, selon les types, Pramanik, Shibata, Quadrahedral ou SST. Ces pointes présentent de nombreux avantages dans la restitution simplement stéréophonique; augmentation de la bande passante, réduction des distorsion, abaissement du bruit de fond et augmentation de la durée de vie de la pointe.

Enfin, rappelons que la pointe de lecture doit attaquer le disque sous un angle de 20 o (antérieurement normalisé à 15o), de façon à se placer, à l’écoute, dans les conditions les plus comparables avec les €onditions optimale de lecture du disque original immédiatement après gravure. Contrairement à ce que l’on voit parfois représenté, la pointe doit alors sembler s’opposer au mouvement du disque, et non être inclinée dans le sens de la rotation du disque. La plaquette portetjointe est travaillée de façon à assurer automatiquement, et

 FullSizeRender-11Lecture du disque sous/’angle normalisé de 20o. En théorie, cette inclinaison

de rattrapage est l’angle que fait avec l’horizontale l’axe du support de la pointe.

avec la moindre tolérance, l’inclinaison de la pointe par rapport au disque.
Cette considération ne fait qu’ajouter aux précautions que nous avons pu préciser antérieurement, sur la fragilité du phonocapteur et de la pointe lectrice, sur le respect méticuleux à observer lors du nettoyage et sur les réglages à donner au bras de lecture, une fois placée la cellule de lecture.
il nous reste à préciser comment monter une cellule phonocaptrice dans l’embout du bras. La cellule est livrée avec des jeux de vis de fixation, d’entretoises, d’écrous et de rondelles qui en permettent le montage dans tous les types de coquilles. Commencer par positionner à la main la cellule dans la coquille, de façon à repérer à quel emplacement elle devra être fixée, par rapport à la coquille, pour que la pointe fasse bien saillie sur toutes les autres pièces et qu’il n’y ait aucun risque de frottement du bras ou de la coquille sur la surface du disque. Cet emplacement détermine la longueur de vis à utiliser et le choix d’éventuelles entretoises ; l’assemblage est minutieux mais très simple. Veiller à bien respecter une rigoureuse symétrie dans les pièces de fixation, pour que l’axe vertical de la cellule tombe ensuite à la perpendiculaire du disque ; avant serrage définitif des écrous, aligner l’axe horizontal de la cellule avec l’axe de l’embout.

FullSizeRender Un mauvais positionnement de la cellule dans sa coquille (à droite), due à un calage défectueux, est générateur de distorsions.

 

FullSizeRender-10 Il en va de même si, au serrage des écrous de fixation, on ne place pas l’axe de la cellule dans celui de la coquille.

La dernière opération à réaliser est le raccordement de la cellule phonocaptrice aux bornes intérieures de la coquille, à l’aide des petits fils de couleur qui font partie de la coquille. Les couleurs sont normalisées, et correspondent, à l’arrière de la cellule, à des touches de couleurs ou à des inscriptions qui évitent toute erreur; l’identification et les indications de branchement sont données par la notice accompagnant la cellule phonocaptrice. La mise en place des petits contacts sur les broches sera facilitée si l’on s’aide d’une pince à épiler pour les tenir et les embrocher ; s’ils sont trop étroits ou trop évasés, la pince à épiler permet de les ouvrir ou de les resserrer sans difficulté. Prendre soin, pendant cette opération, à ne pas arracher ou couper les petits fils, dont la soudure sur les contacts demande une main quelque peu expérimentée.

FullSizeRender-12 Raccord des fils de liaison à l’aide d’une pince à épiler.

USURE DES POINTES DE LECTURE

Contrairement à ce que l’opinion publique pourrait le laisser supposer, un diamant n’est pas éternel, du moins Iorsqu’on le maltraite autant qu’on le fait dans l’exploration d’un sillon gravé de disque stéréophonique. Ajoutons que la lecture d’une seule face de microsillon de 30cm revient à le traîner sur une route effroyablement accidentée et longue de 700 mètres en moyenne. On

imaginera sans peine qu’à ce régime, il ne faut que quelques dizaines de passages seulement pour que des signes d’usure commencent à se manifester sur les faces du diamant en contact avec les flancs du sillon. Il apparaît ainsi desméplats qui déforment le profil du diamant, idéal lorsque celui-ci était neuf; peu à peu, cette déformation prend l’allure d’une taille nouvelle du diamant, qui devient pointu et présente des arêtes vives. Cette acuité va évidemment user très rapidement le disque, de mëme que la déformation de la courbe originelle se traduira par des distorsions de plus en plus audibles et une diminution du niveau des fréquences élevées.
Malheureusement, lorsque la distorsion devient perceptible et identifiable comme telle, il est déjà trop tard : l’usure de la pointe de lecture est telle que celle-ci a déjà commencé à entamer sérieusement

FullSizeRender-9 En haut, zones d’usure de la pointe de lecture ; en bas, la pointe usée tend à se comporter comme un burin.

FullSizeRender-13Maquette figurant la façon dont s’use une pointe de lecture elliptique (doc.
Shure).

 

le disque. Il faut donc veiller à remplacer périodiquement la pointe de lecture, avant que l’usure s’en manifeste auditivement.
On est donc d’abord amené à se demander quelle peut être la durée de vie moyenne d’une pointe de lecture. Selon les opinions des divers spécialistes, elle varie de 300 à 1500 heures (contre 20 à 50 heures pour un saphir). On peut dire qu’une pointe de lecture en diamant, équipant une cellule phonocaptrice dont la force d’appui sur les disques est correctement réglée, et la force centripète bien compensée, utilisée à lire des disques tres soigneusement entretenus et dépoussiérés, peut assurer 700 à 800 heures sans que son usure ait une incidence trop grande sur l’état de surface des disques ni sur la qualité de restitution sonore.

Ce chiffre équivaut exactement à un an d’usage à raison de deux heures par jour en moyenne, ou à deux ans à raison d’une heure par jour. Mais l’estimation du nombre d’heures d’utilisation est un calcul approximatif (ou une comptabilité fastidieuse!). Pour plus de sécurité, le discophile aura donc intérêt à s’équiper d’un accessoire extrêmement commode et peu coûteux, qui n’est autre qu’un compteur horaire à trois chiffres, soit indépendant (à déclencher chaque fois qu’on lit un disque, ce qui permet aussi d’en posséder plusieurs si l’on pratique la lecture avec plusieurs cellules phonocaptrices), soit à incorporer ou à brancher sur la table de lecture (et se mettant en fonctionnement automatiquement en même temps qu’on met en route le moteur du tourne-disques).

Le discophile scrupuleux pourra également, acquérir un petit microscope spécialement conçu pour ce type d examen, ou utiliser ! un microscope traditionnel, même de faible grossissement, a

condition d’éclairer la pointe à examiner par réflexion et non per transparence. On pourra également utiliser un projecteur de profil on en fit autrefois de très pratiques, spécialement adaptés à l’examen des pointes de lecture, mais il semble qu’aucun constructeur ne soit plus intéressé par la réalisation de ce petit et précieux accessoire.
L’examen microscopique de la pointe de lecture et de son usure demande quelque habitude pour pouvoir prêter à une interprétation correcte ; mais c’est de loin le meilleur moyen de se tenir informé périodiquement de l’état de sa ou de ses pointes de lecture. En outre, si l’on établit une corrélation entre l’information microscopique et le nombre indiqué par le compteur horaire, on peut surveiller l’évolution du profil d’un diamant à intervalles de temps réguliers toutes les cent heures, par exemple -, et en déduire la durée moyenne de vie d’une pointe de lecture dans » ses conditions d’exploitation propres.
Pour procéder à l’examen microscopique, on aura intérêt à mettre au point une méthode d’observation qui ne nécessite pas de démonter la cellule phonocaptrice de son embout, mais seulement de retirer celui-ci du bras de lecture.
Enfin, pour remplacer la pointe de lecture usagée, on devra se conformer à la notice du constructeur. En effet, certains modèles nécessitent un simple échange standard, ce qui garantit à l’utilisateur les caractéristiques optimales de la cellule. Dans la plupart des cas, il suffit de retirer le tiroir porte-pointe et de te remplacer par un neuf ; les systèmes de repérage sont tels que l’ensemble de rechange se loge correctement à son emplacement. On aura soin d’éteindre l’amplificateur ou au moins d’en réduire le volume avant de procéder au remplacement.

Si la pointe et son support sont facilement amovibles sur le type de phonocapteur utilisé, on peut proposer une méthode empirique pour le contrôle de l’usure de la pointe. Cette méthode suppose qu’on dispose à l’avance d’une pointe neuve, pour le jour où le remplacement sera nécessaire. Quand on commence à douter de l’excellent état de sa pointe de lecture, procéder à son contôle de la façon suivante. Choisir un disque que l’on sait très bien gravé et très bien pressé, et se terminant par un passage en forte modulation. Lire ce passage : on est alors placé dans les conditions de lecture les plus défavorables, celles où les risques de distorsion sont les plus grands. Avec un bras bien réglé et un disque très bien usiné, on ne doit entendre aucune distorsion si la pointe est en bon état. Pour préciser le jugement, fixer son attention sur la reproduction des fréquences élevées de ce passage, et s’efforcer de bien garder en mémoire ce qu’on vient d’entendre. Changer alors très rapidement la pointe de lecture en service contre la neuve, et réécouter le même passage dans les mêmes conditions: si une amélioration est sensible, c’est que la pointe de lecture contrblée est usagée. Pour que cette méthode soit applicable, il faut procéder rapidement à l’échange des pointes, dans la mesure où la mémoire s’émousse très vite ; néanmoins, à défaut d’autre mode de contrôle, celui-ci apporte une information non négligeable.

DEFAUTS ET REMEDES

Les défauts pouvant être dus à l’ensemble de lecture (bras, cellule phonocaptrice et pointe) se manifestent principalement par des distorsions. Mais s’il est assez aisé de les distinguer et de les reconnaître, il ne l’est pas toujours d’en discerner la cause.
Celle-ci peut être une force d’appui insuffisante, provoquée par un déréglage du bras de lecture. Plutôt que de refaire le tarage de l’équipement de lecture, un simple contrôle à l’aide d’un pèse pick-up permettra en une seule et simple manipulation de contrôler cette valeur.
Mais les causes de distorsions doivent être recherchées surtout au niveau de la pointe de lecture. Usée, encrassée, déviée de sa position optimale par une torsion du porte-pointe ou un mauvais montage de la cellule phonocaptrice, abîmée par un choc, cassée, la pointe de lecture ne suit plus alors régulièrement les modulations et génère des distorsions. Elle peut même s’être dessertie ou décollée, et avoir disparu de l’extrémité du porte-pointe.
On vérifiera d’abord son aspect extérieur : si elle est toujours là, si elle est placée dans sa position correcte, si elle est propre. Au cas où cet examen n’apporterait aucun élément d’information, il faudrait procéder à un contrôle microscopique. Si on ne possède pas de microscope, tel disquaire ou tel spécialiste en haute-fidélité peut en avoir un à l’usage de ses clients en difficulté. Le contrôle fera sans doute apparaltre le défaut: usure excessive, diamant cassé. Mais si rien n’est encore révélé, c’est du côté de la cellule phonocaptrice qu’il faudra rechercher la cause du phénomène. C’est alors au spécialiste d’intervenir pour confirmer la panne et y apporter le remède, qui sera très certainement un retour au fabricant ou l’achat d’un nouvel exemplaire.

Un ronflement intempestif ou la disparition d’un des deux canaux de la stéréophonie, voire des deux, a très probablement pour origine une connexion défectueuse dans l’équipement de lecture. Il peut s’agir d’un défaut dans les fils qui relient la cellule phonocaptrice à l’embout de raccordement : fil cassé, mauvais contact, fils en contact l’un avec l’autre, cette panne peut être détectée et réparée avec un minimum d’astuce – à l’exception du fil cassé, qui demande un échange ou une soudure que l’amateur ne sait pas forcément faire. Il peut s’agir également d’un mauvais contact entre la coquille et les plots de l’extrémité du bras. Dans ce cas, vérifier que les plots font bien ressort (l’un d’eux peut s’être bloqué), et nettoyer les contacts avec un solvant. Le raccord des câbles du bras avec le câble de liaison au préamplificateur, sous la table de lecture, peut être endommagé, arraché, déplacé. Après inspection, il est facile de déterminer ce qui s’est produit et si on est en mesure d’y porter remède soi-même.

Enfin, un des fils du bras peut être coupé. Dans ce cas, ne rien tenter : la réparation est une affaire de spécialiste

Source

UnknownGuide pratique du discophile. Les Guides Diapason

de CANTAGREL Gilles (Auteur)